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Etude Mythique – Le Mythe d'Adonis

 

 
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Etude Mythique – Le Mythe d'Adonis
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Avant-Propos (culte et interprétation) par Hoda Adra

L'interprétation d'un mythe a été sujette à plusieurs discussions comme elle a été le point de départ a beaucoup d'études de la part des mythologues selon l'angle sous lequel on peut l'envisager, en accordant de l'importance soit à son explication cosmogonique, soit à son explication sociale, psychanalytique ou métaphysique.

Nous avons tâché à la lumière des théories récentes et en nous aidant des interprétations antérieures de donner une ampleur nouvelle à l'interprétation d'un mythe particulier, celui d'Adonis. Récemment encore, au cours d'un congrès de littérature générale et comparée à Limoges en 1977, où l'on a débattu le problème du mythe, celui d'Adonis a été l'objet d'une attention particulière de la part d'Helene Tuzet. L'école structuraliste lui a de même consacré une étude, celle de Marcel Détienne, Les Jardins d'Adonis.

Notre but a été de reprendre l'analyse de ce mythe et de l'aborder par tous ses aspects. Sans appliquer à la lettre la méthode des théoriciens (celle de Claude Levi- Strauss, de Durand ou de Greimas, par exemple), nous nous en sommes inspirée dans la mesure où cela nous paraît nécessaire pour l'explication du mythe en question. Là où le recours à tel autre mythologue a été jugé utile, nous l'avons signalé en cours d'étude sans épargner aucune recherche.

Après un exposé du récit et du culte, nous avons eu notre méthode pour en dégager la symbolique, come nous avons étudié l'exploration de ce mythe chez certains écrivains comme Renan et sa métamorphose chez d'autres comme Nerval.

Introduction - Le Mythe d'Adonis et les lieux qui l'ont vu naître

Les interférences entre la terre et l'homme ont été constatées depuis longtemps. Au Livre XIV de l'Esprit des Lois, Montesquieu aborde avec sa fameuse théorie des climats, l'étude des causes physiques qui agissent sur les fois positives. Le climat, affirme-t-il, agit sur le tempérament des hommes: dans les pays froids, par exemple, on aura peu de sensibilité pour les plaisirs; elle sera plus grande dans les pays tempérés; dans les pays chauds, elle sera extrême… Il en sera de même de la douleur. De l'influence du climat sur le tempérament, il conclut à son influence sur les lois.

Comme la terre a son action sur le tempérament et les mœurs, elle ne manque pas aussi de marquer la vie spirituelle du peule qui l'habite. Victor Cousin et Herder ont affirmé cette vérité. L'Homme n'est pas une substance isolée et sans lien avec la nature, mais en rapport avec tous les éléments: c'est une harmonie multiple, un moi vivant soumis à l'action de tous les pouvoirs environnants.

Les rapports entre la race et la religion ont été définis en 1863 par Michelet. L'histoire en général doit reposer sur la géographie: "sans une base géographique, le peuple, l'acteur historique, semble marcher en l'air, comme dans les peintures chinoises où le sol manque". L'homme est lié à la terre qui l'a vu naitre par de profondes attaches: "tel le nid, tel l'oiseau. Telle la partie, tel l'homme". Dans la Bible de l'humanité (1864), il interprète les mythes des diverses religions. Celles- ci, considère-t-il, ont été subordonnées au genius qui les fit, à leur créatrice, l'âme, au développement moral dont elles sont le fruit. Il faut d'abord poser la race avec ses aptitudes propres, les milieux où elle vit, ses mœurs naturelles; alors on peut l'étudier dans sa fabrication des dieux qui à leur tour influent sur elle. C'est le circulus naturel. Ces dieux sont effets et causes. Mais il est fort essentiel de bien établir que, d'abord ils ont été effets, les fils de l'âme humaine.

Charles Bally, après lui, souligne l'impossibilité de concevoir une idée en dehors de tout contact avec la réalité concrète.

Les mythologues de nos jours réaffirment cette thèse. La force suggestive du mythe, pense Max Billen, dérive de son appui sur un fait réel. Ce qui fait la puissance du mythe et du style qui le porte, c'est qu'ils sont une réalité vécue: le vécu des grands personnages mythiques c'est l'accord entre le savoir (langage) et l'histoire (l'être), accord qui consacrerait celui du matériel et du spirituel, du nécessaire et du gratuit et qui serait une justification du monde par son explication à travers le verbe. Le personnage mythique, ajoute-t-il, apparait au carrefour des grands bouleversements sociaux.

La terre, modifiée et fécondée sous l'influence solaire, les astres et leur influence, c'est là la source de toute la théogonie orientale. Sous des noms divers, c'est la même pensée qui anime des mythes divers lesquels se distinguent selon leurs lieux de développement.

Dans un pays comme le Liban conditionné par le soleil qui est témoin de son action et de ses sortilèges, qui assiste à la sécheresse de sa terre et des torrents en été sous l'effet de sa chaleur intense et vit dans la nostalgie de son apparition en hiver, on comprend l'importance que cet astre occupe dans la vie et dans l'imagination des habitants.

C'est lui qui, en desséchant les torrents, permet aux libanais de pénétrer jusqu'au cœur des vallées intérieures inaccessibles en hiver; et en calcinant les plages sablonneuses de Phénicie, oblige les habitants de la côte à prendre la voie de la mer.

C'est sous l'image d'Adonis souriant, le Baal Tammouz, qui favorise la végétation et apporte à la terre la fécondité, qu'il est vénéré en Phénicie.

Byblos devient le centre du culte et de la propagation du mythe d'Adonis, le lieu où se déroulent des fêtes éblouissantes.

Strabon rappelle que Byblos, résidence royale de Cinyras, située sur une colline tout prés de la mer, est consacrée à Adonis.

Renan confirme cette thèse: toute la colline située au sud du château et du mur de la ville fit partie du site de la vieille Byblos."Nos tranchées, dit-il, qui, sur ce plateau rencontrèrent partout des restes d'antiquités, suffiraient à le prouver. Cette colline, vue de la mer, se détache assez bien et justifie suffisamment ce que dit Strabon".

Byblos était donc une ville maritime et la partie sainte où se trouvait le temple d'Adonis occupait une hauteur toute proche de la mer et qui porte le nom de Kassouba. Les montagnes qui entourent la ville sont connues par leur aspect sauvage et pittoresque à cause de leurs pentes raides, de leur boisement et des torrents qui les sillonnent. Chaque site évoque une épisode ou rappelle un trait de l'histoire d'Adonis.

"Byblos entière, dit Maspéro, et la partie du Liban à laquelle elle s'appuie restaient come hantées de toute antiquité par les souvenirs de cette histoire. On savait à quel endroit la déesse avait entrevu le dieu pour la première fois, et à quel autre elle s'était dévoilée devant lui, à quel autre enfin elle avait déposé le corps mutilé et entonné les lamentations des funérailles. Un fleuve qui coule à quelque distance vers le sud portait le nom d'Adonis, et la vallée qu'il arrosé avait été le théâtre de cette idylle tragique".

C'est sur une de ces montagnes, Afka (Aphaca), à mi-chemin entre Byblos et Baalbek, qu'Adonis rencontra la mort. Là s'élevait dans un site dont les voyageurs modernes s'accordent à vanter les charmes extraordinaires, un sanctuaire d'Astart. "De la terrasse de ce sanctuaire on voit le cirque grandiose de hautes falaises dans lequel le fleuve, après avoir jailli d'une grotte, se répand en flots tumultueux de cascade en cascade, entre des rives verdoyantes et touffues pour se plonger dans les profondeurs de la gorge où périt le dieu".

Cette région devint vite une véritable terre sainte. L'aspect sauvage et solitaire des lieux prêtait au recueillement mystique. Son nom même "Aphaca" signifie baiser: on conclut donc que c'était le lieu ou Adonis et la déesse avaient échangé leur premier et leur dernier baiser.

Voilà encore la description que donne Maspéro de la source du fleuve d'Adonis: "l'Adonis, dit- il, nait prés d'Aphaca, au bas d'un cirque étroit, à l'entrée d'une grotte irrégulière qui fut très anciennement retaillée de main d'homme; il s'engouffre en trois bonds dans une sorte de cuve circulaire, où il rallie les eaux des fontaines voisines, puis il se précipite sous un pont romain d'une seule arche et s'épanche de cascade jusqu'au ras de la vallée. Le temple se dressait en face de la source (…) La montagne tombe et se dérobe à pic, rouge et nue dans ses parties hautes, rongée alternativement et délitée par les feux de l'été et par les frimas de l'hiver. A mesure qu'elle plonge dans le vallon, ses flancs se couvrent de végétations sauvages, échappées de toutes les fissures, accrochées à toutes les saillies (…) On trouverait difficilement dans les recoins les plus pittoresques de notre Europe, un paysage plus sauvage à la fois et plus gracieux, ou mieux préparé par la douceur de l'air et par la fraicheur des eaux à servir de cadre aux cérémonies d'un culte d'amour. Et partout, dans le bassin du fleuve ou des torrents qui le grossissent, c'est une succession de sites grandioses ou charmants, gorges béantes à peine entre deux parois d'ocre fauve, petits champs suspendus en étages le long des versants ou étirés en trainées d'émeraude sur les berges rougeâtres, vergers encombrés d'amandiers mystiques et de noyers, grottes sacrées ou les hiérodules assises au tournant des routes entrainaient les dévots qui venaient implorer la déesse, sanctuaires et mausolées d'Adonis, à Janoukh, au plateau de Mashnaka, sur les hauteurs de Ghineh".

Première Partie - L'Histoire et le Culte d'Adonis

Chapitre Premier - Histoire et Origine du Mythe
L'Histoire d'Adonis


Cette histoire a été révélée pour la première fois par un poète grec du Ve siècle av. J.C., Panyasis. Selon lui, l'action se passe en Assyrie et Adonis aurait pour père Théias. Chez Ovide, les événements passent en Cypre et Adonis serait le fils de Kinyras, roi de Cypre.

En nous référant à des études d'auteurs divers, à des encyclopédies et à des dictionnaires, nous rapportons ce qui suit:

Le roi de Syrie Théias avait une fille nommée Myrrha ou Smyrna qu'une malédiction d'Aphrodite avait poussée à séduire son père et à le tromper en lui cachant son identité. Onze nuits, elle parvint avec la complicité de sa nourrice à s'unir à lui, mais la douzième, Théias s'aperçut de l'inceste et voulut tuer sa fille. Myrrha s'enfuit et supplia les dieux, qui seuls étaient la cause de sa faute, de la dérober à la vue de son père. Sa prière fut exaucée. Les dieux pris de pitié purent la soustraire à sa vengeance en la métamorphosant en l'arbre qui, depuis lors, porte son nom. Dix mois plus tard, l'écorce éclata et l'arbre mit au monde un enfant d'une beauté exceptionnelle. Ainsi nacquit Adonis. Aphrodite (ou Ashtart), émue par son charme, le recueillit et le confia à Perséphone, qui, éprise à son tour, refusa de le rendre. Pour trancher le débat, Zeus dicta ce qui suit: Adonis passera un tiers de l'année auprès d'Aphrodite, un autre tiers auprès de Perséphone et les mois restants là ou il voudra. Mais Adonis préféra les passer auprès d'Aphrodite. La passion de la déesse de l'amour suscita la jalousie de son amant Arès, dieu de la guerre (ou celle d'Apollon ou d'Artemis suivant d'autres mythographies). Adonis fut attaqué par un sanglier envoyé par l'un de ces dieux qui lui fit d'un coup de boutoir une blessure mortelle à l'aine. En jaillissant avec abondance, son sang se mêla aux eaux de la rivière et leur donna cette coloration rouge qu'on voit à chaque printemps. Aphrodite avertie par Zéphir, accourut, étendit son amant sur un lit de laitues mais ne put conjurer la mort. Elle recueillit toute fois quelques gouttes de son sang qu'elle transforma en fleurs. Ainsi fut créée l'anémone, la première et éphémère fleur du printemps, alors que la rose, blanche jusqu'à ce jour, prit sa couleur actuelle des égratignures d'Aphrodite blessée au pied par une épine tandis qu'elle courait au secours d'Adonis.

Jean Cazeneuve présente une autre version du mythe selon laquelle Aphrodite s'éprit d'Adonis dans son adolescence et que celui-ci fut après sa mort le sujet de la dispute entre la déesse de l'amour et Perséphone qui s'attacha à lui pendant son séjour funèbre.

La coloration du fleuve d'Adonis a été attestée dès l'antiquité. Lucien de Samosate, auteur du traité de "La Déesse Syrienne", rapporte ce qui suit: "Il y a dans ce pays de Byblos un (…) prodige, c'est un fleuve qui descend du Mont-Liban et se décharge dans la mer. On lui a donné le nom d'Adonis. Chaque année ses eaux deviennent sanglantes; il change de couleur quand il arrive à la mer et il en rougit une vaste étendue. C'est pour les gens de Byblos le signal du deuil. La légende dit que c'est en c'est en ces jours-là qu'Adonis est blessé dans le Liban et que son sang qui coule dans le fleuve en change la couleur et lui donne son surnom. Voilà quelle est la tradition populaire; mais un homme du pays, qui m'a paru en ceci dire la vérité, m'a donné une autre raison de ce phénomène. Voici ce qu'il m'a dit: "Le fleuve d'Adonis, étranger, traverse le Liban; or le Liban a des terres extrêmement rouges. Des vents violents qui soufflent pendant ces jours-là poussent dans le fleuve cette terre chargée de vermillon. C'est elle qui lui donne cette couleur de sang. Ce n'est donc pas le sang comme on le dit, c'est la nature du terrain qui est la cause de ce phénomène''. Voilà l'explication que m'a donnée l'homme de Byblos. S'il m'a dit vrai, ce concours du vent ne me parait pas moins surnaturel"

Maundrell, qui visita Byblos au XVIIe siècle, nota également le changement de couleur du fleuve Adonis. "L'eau, dit-il, était teintée d'un rouge surprenant, et nous avons remarquée que même l'eau de la mer à l'embouchure du fleuve avait été colorée et que cette tache rougeâtre s'étendait assez loin dans la mer; ce phénomène était sans doute du à la violence des pluies qui entrainaient de la terre rouge dans le fleuve. Ce phénomène s'observe encore de nos jours, à la saison printanière".

Les Origines du Mythe

Adonis est une forme hellénisée du titre phénicien "Adonai" qui veut dire Seigneur. Il était courant en Syrie d'appeler les sites et les dieux par un titre correspondant à leur dignité. Il est identifié parfois à Baal qui est dans la littérature ougaritique une personnalité divine distincte habitant les hauteurs du Tsaphon, dieu de l'orage comme le dieu Hadad des Araméens, dirigeant ou incarnant les phénomènes atmosphériques et les précipitations, et un dieu guerrier armé de la foudre. Il conquiert la royauté parmi les dieux avec l'aide de sa sœur Anat.

"On s'est longtemps refusé, dit René Dussaud, à tenir le vocable Baal pour un nom propre. En réalité, c'est une épithète ''maître, seigneur'', devenue un nom propre; le véritable nom de ce Dieu est ''Hadad''.

Des fouilles entreprises à Ras Chamra à 14 kilomètres au nord de Lattaquié, entre 1929 et 1939, révèlent une quantité de tablettes en terre cuite qui offrent la particularité d'être rédigées en un alphabet cunéiforme. On doit à MM. Hans Hauer, Charles Villereau et Edouard Dhome le déchiffrement de ces textes phéniciens. Entre autres poèmes, nous retrouvons celui de Baal et d'Aliyan qui présente un symbolisme proche du mythe d'Adonis. Baal est le Dieu de la fertilité. Sa mort équivaut à la sécheresse. Son fils Aliyan est vaincu une première fois par Mot, le fils du dieu solaire et disparaît sous la terre au moment des récoltes. Il est sauvé grâce à l'intervention de sa sœur Anat. Mot est à son tour vaincu et meurt. A l'automne, après les vendanges, Aliyan réapparait dans l'allégresse générale et le cycle des saisons recommence. Un texte raconte en détail la mort de Baal et celle d'Aliyan. Etant allé à la chasse, Baal se trouve en face d'êtres étranges comme des taureaux sauvages. Une lutte terrible se déroule au cours de laquelle Baal, après l'avoir emporté d'abord succombe devant la férocité de l'adversaire. Anat intervient pour procéder à son inhumation. Aliyan meurt aussi. Anat offre des parfums en sacrifice aux dieux infernaux, puis six sacrifices de bœufs, moutons, cerfs, bouquetins et ânes, pour assurer la subsistance pendant six mois dans les enfers…

Adonis est encore identifié à Tammouz, dieu de la fertilité dans la religion babylonienne, berger-roi uni à Ishtart et dont la vie, les souffrances et la mort sont liés au cycle de la végétation. Sous le nom sémitique d'Adoni, "Mon seigneur", devenu en grec et en latin Adonis, affirme Edouard Dhome, Tammouz jouira d'une vogue extraordinaire dans la mythologie méditerranéenne. Sa ressemblance avec Osiris lui vaudra d'être populaire même en Egypte. Son nom primitif chez les Sumériens, ajoute Dhome, est Dumu- zi-abzu, par abréviation Dumu-zi, c'est-à-dire vrai fils d'Absu. A la tablette VIe de l'épopée de Gilgamès, "nous voyons, dit-il, le héros en train de résister aux séductions d'Ishtar et de reprocher à la déesse ses amours. Dans la liste des victimes se trouve Dumuzi: ''Au dieu Dumuzi, l'amant de ta jeunesse, année par année tu lui as destiné une lamentation''. Nous avons ici l'attestation d'un rite annuel dans lequel on pleurait sur l'amant malheureux d'Ishtar". Il existe dans la liturgie de Dumuzi nombre de textes qui le montrent descendant au sein de la terre. On l'appellera "pasteur de la terre", désignant par la les enfers. Dumuzi est donc descendu aux enfers, comme Ishtar. Après son séjour dans l'Hadès, il remonte à la surface du sol. "Il est avant tout l'amant d'Ishtar ou de la Reine des cieux. Le titre honorifique de Seigneur, qui revient souvent dans cette littérature conventionnelle, fait entrevoir le nom d'Adon, Adonis, qui se substituera à ceux de Dumuzi et de Tammuz, dans les cultes méditerranéens".

On assimile encore Adonis à Eschmoun, dieu guérisseur de Sidon ayant pour équivalent Asclépios chez les Grecs. C'est Damascius qui révéla au VIe siècle sa véritable personnalité phénicienne. La même ville vénérait une Astart. Les rois et les reines étaient prêtres et prêtresses de cette déesse lascive, dont le culte se célébrait dans des grottes, au lieu appelé aujourd'hui Maghdouché.

Un cylindre sceau gravé à Byblos pour un prince de nom inconnu nous livre le nom de la divinité Haytaou, habitant de Néga, le territoire compris entre le Liban septentrional et la mer qui formera le district de Byblos, ou plus précisément la région de nahr Ibrahim à huit Kilomètres au sud de Gébeil ou Byblos qui deviendra le centre du culte d'Adonis. Haytaou qui s'est métamorphosé en arbre est l'esprit de la végétation dans la forêt et le prototype d'Adonis.

Voilà pour Adonis quant à Aphrodite, elle est identifiée tantôt à la Baalat ou "Dame de Byblos" honorée chez les Phéniciens de Byblos, tantôt à Ishtar, en phénicien Ashtart et en grec Astarté, déesse babylonienne de la fécondité et des combats, qui représente l'étoile du matin, assimilée à la déesse sumérienne Inanna.

Chapitre II - Le Culte d'Adonis

Aphrodite fonda en l'honneur d'Adonis un culte funèbre que les femmes célébraient chaque année au printemps. Les plus importants sanctuaires d'Adonis étaient à Byblos et à Afka qui surplombe la vallée d'Adonis.

Le temple de Byblos se trouvait sur la colline de Kassouba. Il en couronnait la hauteur d'après la description de Maspero. "Quelques débris de muraille en indiquent encore l'emplacement, dit-il: peut-être est-ce le même dont le plan est gravé au revers de certaines monnaies impériales. Deux escaliers y conduisaient des quartiers bas, mais l'un accède à une chapelle de style grec surmontée d'un fronton triangulaire et bâtie au plus tôt sous les Séleucides; l'autre aboutit à une longue colonnade de même époque, appliquée en devanture sur un monument plus ancien, pour le rajeunir au goût du jour. Le sanctuaire qui se cachait derrière ce placage disparate conserve un air d'archaïsme prononcé et ne manque ni d'originalité ni de grandeur. Il consiste en une vaste cour rectangulaire bordée de cloîtres. Au point même où les lignes tirées par le milieu des deux portes semblent se croiser, une pierre conique se dresse sur un cube de maçonnerie, le bétyle que l'esprit de la divinité anime: une balustrade à jour l'enveloppe et le garantit contre les attouchements de la foule. La construction ne remontait peut-être pas au-delà de l'âge assyrien ou persan, mais le plan général reproduit évidemment les dispositions d'un édifice anterieur.

Quant à la description du temple d'Afka, elle nous est communiquée par Zozime, auteur païen de l'époque de Constantin (288-377): "A mi-chemin entre Hélipolis et Byblos, il y a, dit-il, un endroit nomme Aphaca où se trouve un sanctuaire de l'Aphrodite d'Aphaca; prés du lac un lac qui ressemble à un bassin artificiel; or, vers le temple et dans les environs, un feu ressemblant à une torche ou à une boule apparaît en l'air quand se tiennent, à intervalles fixes, des rassemblements en cet endroit; il est apparu même jusqu'à nos jours".

De nombreux témoignages classiques attestent la diffusion dans tout le monde méditerranéen du culte d'Adonis ou succède la joie des retrouvailles d'Adonis à la douleur de sa mort. Des jardins symbolisaient l'épanouissement et le déclin de la divinité: on semait dans des vases des graines que l'on arrosait d'eau chaude; des plantes poussaient et mouraient rapidement, on les appelait "les jardins d'Adonis".

Lucien de Samosate rapporte dans son traité De la déesse syrienne, les rites secrets du culte. Tous les ans, en mémoire de la mort d'Adonis, les habitants de Byblos se frappent la poitrine, font des lamentations, célèbrent des orgies et mènent un grand deuil par toute la contrée, à la suite duquel un sacrifice est offert à Adonis. Puis le lendemain, on proclame sa résurrection et ce sont alors des manifestations de joie partout.

Cette fête avait lieu au printemps, elle était déterminée par le changement de la couleur des eaux du fleuve. Les Grecs ont donné le nom des Adonies aux fêtes commémoratives de la mort d'Adonis et célébrées après la moisson.

La coutume du deuil en Orient fixait à sept jours le temps pendant lequel on pleurait les morts. Il en fut de même pour la mort d'Adonis. Lucien de Samosate raconte que le deuil commençait le jour où les femmes d'Alexandrie jetaient dans la mer une tête de papyrus qui, naviguant pendant sept jours, venait aborder sur la côte de Byblos: " Tous les ans, dit-il, il vient d'Egypte à Byblos une tête qui nage sur les flots et fait la traversée en sept jours. Les vents la poussent par l'effet d'une puissance divine; elle ne se détourne point ailleurs; elle aborde toujours à Byblos. C'est un véritable miracle qui se renouvelle chaque année. Il s'est produit quand j'étais à Byblos et j'ai vu cette tête byblienne". Cette tête devenait le symbole du dieu ressuscité. La joie de la résurrection se succédait alors au deuil.

Avec le temps, lorsque la ferveur religieuse commença à s'atténuer, la longueur du deuil s'abrégea. En Grèce, la double fête de la douleur et de la joie se limita à deux jours.

Durant les jours de douleur, une sorte de frénésie s'emparait de la foule. Les femmes se lamentaient sur Adonis et criaient: "Hélas mon Seigneur, hélas ma Seigneurie". Les cheveux dénoués, les robes flottantes et sans ceinture, elles sanglotaient des nuits entières le long des murailles des temples. La coutume était alors de se raser la tête. Et les femmes qui refusent de couper leurs cheveux sont mises en vente et le prix de leur beauté est porté en offrande à Aphrodite. Les rapports conjugaux étaient interrompus, la continence, l'abstinence et le jeune étaient observés.

Caque jour les prêtres conduisaient de danses funèbres au son de la flûte phénicienne. L'exaltation des foules atteignait son paroxysme et plusieurs fidèles se mutilaient et se châtraient comme les prêtres pour rappeler la mort du dieu, mutilé et châtré lui-même par le sanglier.

Pendant les premiers jours du deuil, on dressait partout des catafalque funéraires sur lesquels on plaçait l'image d'Adonis mort. Autour de ces catafalques se déroulaient les cérémonies de funérailles; chants, plaintes, présents au mort. On emportait l'image d'Adonis qui consistait en une statue en bois vers le lieu de sa sépulture, un caveau ou une grotte… On y déposait le dieu après l'avoir lavé, parfumé et enveloppé de linges fins et de bandelettes de laine et l'on en refermait l'entrée. Le cercueil était orné d'anémones et de roses, fleurs mêlées au récit tragique de sa mort, et suivi d'un cortège de pleureuses, de prêtres et de fidèles.

Les sept jours de douleur écoulés, le matin du huitième, les femmes de Byblos se rendaient au port pour recueillir la tête de papyrus jetée dans la mer à Alexandrie. L'on se racontait la ressuscitation d'Adonis et c'est alors une joie commune et une seconde fête de triomphe célébrée partout, avec des chants en son honneur et des danses.

A Athènes comme à Byblos, les Adonies se célébraient avec les lamentations et les cris des femmes et des pleureuses. Les hommes ne participaient pas à ces manifestations, le culte d'Adonis de source étrangère, étant considéré comme un culte secondaire. La statue d'Adonis était entourée des mêmes soins qu'en Phénicie, recouverte d'ornements précieux et exposée sur un lit. Les femmes, rangées autour du catafalque, psalmodiaient en tenant dans leurs mains des sortes de mouchoirs. Mais au lieu de déposer la statue dans un tombeau, on la précipitait dans une fontaine et avec elle les statuettes analogues de cire et de terre cuite ainsi que les vases des jardins d'Adonis.

Aristophane a dépeint dans Lysistrata les plaintes des femmes et la liberté des mœurs qui régnait dans ces fêtes:"Le train que font ici les femmes, et le bruit des tambours, s'entendent de toutes parts. Il semble qu'on célèbre de continuelles bacchanales ou les folles lamentations des fêtes d'Adonis. J'en ai été troublé au milieu de la harangue qu'on prononçait dans l'assemblée générale. Démonstrate, digne en vérité du dernier supplice, disait qu'il fallait envoyer des vaisseaux en Sicile; sa femme en dansant s'écrie: Ai, Ai, Adonis! Ce Démostrate ajoutait qu'il fallait tirer de Zacinthe des hoplites; et sa femme, pleine de vin, répète du haut de sa maison: Pleurez Adonis! Ce Démostrate ajoutait qu'il fallait tirer de Zacinthe des hoplites; et sa femme, pleine de vin, répète du haut de sa maison: Pleurez Adonis! Et, pendant ce temps , l'impie et scélérat Cholozyge en abusait indécemment. Telles sont pourtant les chansons obscène des femmes".

Ainsi se déroulaient les Adonies d'Athènes. Rien ne nous permet d'affirmer que la fête de deuil était à Athènes suivie ou précédée d'une fête de joie, juge Charles Vellay. Les Adonies d'Athènes, au Ve siècle, ajoute-t-il, ne sont déjà plus qu'une image lointaine et affaiblie des fêtes orientales de Thammouz. Le dieu suprême de Byblos a fait place au héros mythologique, plus humain que divin; la violence de sa gloire s'efface et s'oublie dans le refrain plaintif d'un chant funèbre. Au fur et à mesure que la foi diminue, les Adonies deviennent plus théâtrales, plus extérieures et plus décoratives.

C'est avec ce caractère peu profond qu'apparaissent les Adonies d'Alexandrie. "Le cosmopolitisme de la jeune et grande cité se prêtait tout naturellement à une forme religieuse devenue extrêmement vague et dont le principe même ne subsistait plus qu'à l'état de légende poétique. L'histoire des amours d'Aphrodite et d'Adonis se présentait à cette population très mêlée, faite de Grecs, de Juifs, d'Egyptiens, de Libyens et d'Asiatiques, avec une clarté et une facilité d'intelligence que ne pouvait avoir le vieux mythe thammouzique compris dans toute sa vérité et sa logique par les seuls syro- phéniciens" La fête de joie avait lieu avant la fête de deuil et portait le nom de découverte. Elle ne durait qu'un jour et était consacrée à la célébration de la gloire et de la fécondité du dieu solaire. On dressait une estrade ornée de tapis et de fleurs au milieu d'une enceinte et là, on étendait sur un lit la statue d'Adonis, et auprès de lui celle d'Aphrodite.
Théocrite, né à Syracuse vers 315 avant J.-C., décrit la fête célébrée avec une pompe tout orientale à Alexandrie dans le palais d'Arsinoé, femme de Ptolémée Philadelphe; il nous montre sous un berceau de verdure le bel adolescent étendu sur un lit d'argent couvert de tissus de pourpre. Venus est a cote de lui. Auprès de lui sont déposés des de pourpre. Vénus est à côté de lui. Auprès de lui sont déposés des vases de parfums, des fruits, du miel, des gâteaux et enfin les corbeilles d'argent contenant les jardins d'Adonis: la coutume était ici encore comme ailleurs, de semer dans des pots de terre, des tessons, des paniers, toutes sortes de plantes qui germent et croissent rapidement, telles que le fenouil, l'orge, le blé et surtout la laitue qui passait pour avoir servi de couche funèbre à Adonis. Ces plantes poussaient en quelques jours sous l'influence du soleil de juin, puis se flétrissaient aussitôt parce qu'elles n'avaient pas de racines, c'était de même l'image de l'existence éphémère d'Adonis. On les emportait également avec les statuettes d'Adonis mort et on les jetait à l'eau. Lucien fait mention d'un rite joyeux qui s'était ajouté aux anciennes séances de deuil pour célébrer la résurrection et l'ascension d'Adonis.

La commémoration de la mort d'Adonis était donc considérée en Grèce comme un deuil universel. Plutarque raconte que durant la guerre du Péloponnèse l'expédition d'Alcibiade à Syracuse coïncida avec la célébration du festival d'Adonis à Athènes, ce qui causa des craintes secrètes à beaucoup de gens. "En maints endroits de la ville, des images d'Adonis étaient exposés autour desquelles les femmes accomplissaient des rites funèbres et se frappaient le front. Ceux qui tenaient compte de coïncidences de ce genre, se désolaient et redoutaient que ce grand déploiement de forces d'une splendeur et d'un éclat si brillant ne fut voué à un prompt dépérissement".

Nina Jidejian reproduit deux textes d'Ammien Marcellin (IVe siècle de notre ère) qui témoignent de la persistance du culte d'Adonis jusqu'au début de l'époque byzantine. Lors des guerres de Constantin (337-361) contre les Perses, le fils du roi Grumbates, allié du roi de Perse, fut tué. Les funérailles du jeune prince évoquent pour le païen qu'était Ammien Marcelin, les rites du festival d'Adonis tels qu'on les accomplissait encore de son temps;

"De leur côté, les femmes éclataient en gémissements et en sanglots et se frappaient la poitrine en s'écriant que l'espoir de la patrie avait été tranché dans sa fleur, imitant dans les démonstrations de leur douleur les prêtresses de Vénus quand elles célèbrent la fête d'Adonis, symbole mystique de la reproduction des biens de la terre".

Le second texte se rapporte à la visite de Julien l'Apostat (361-363) à Antioche:

"C'était précisément l'époque de célébration de l'antique fête d'Adonis, ce jeune amant de Venus, mort sous la défense d'un sanglier; image mystique de la moisson coupée dans sa maturité. On regarda comme mauvais présage que des lamentations de deuil se fissent entendre à la première entrée du chef de l'Etat dans une résidence impériale".

Le culte de Dumuzi présente des analogies avec celui d'Adonis. Si nous interprétons bien un passage de la Descente d'Ishtar aux enfers, pense Edouard Dhome, c'est à l'occasion du séjour du Dumuzi dans le monde infernal qu'on organisait la fête du mois de Tammuz: "Pour le dieu Dumuzi, l'amant de sa jeunesse, répands les eaux pures, verse la bonne huile, revêts-le d'un habit vermeil! Qu'on joue de la flute de lapis-lazuli! Que les filles de joie calment son courroux!" Il s'agit bien de la lamentation annuelle. La flute accompagne les chants funèbres. La statue du dieu est lavée, embaumée, habillée de rouge, exactement comme on faisait la toilette d'Adonis, le jour de son départ pour l'au-delà.

Tel est un autre passage d'Ishtar aux enfers: "Au jour où remontera Dumuzi, la flute de lapis- lazuli, l'aneau de cornaline avec lui remonteront, pleureurs et pleureuses avec lui remonteront, que les morts remontent aussi et qu'ils respirent l'encens!".

Le culte d'Adonis ne présente pas moins encore des ressemblances avec celui d'Isis et d'Osiris. Osiris tué par Typhon, est enfermé dans un coffre et jeté dans le Nil. Apres une longue navigation, le coffre échoue à Byblos au pied d'un tamaris. Au cours de sa croissance, l'arbre enveloppa le coffre. Le roi Malcandre le fit couper pour en faire une colonne destinée à soutenir le toit de son palais. Pendant ce temps, Isis court le monde à la recherche de son époux mort et trouve enfin le coffre dans le palais de Byblos. La joie succède alors à la douleur.

Plutarque décrit ainsi l'arrivée d'Isis à Byblos: "Isis se rendit à Byblos. Elle s'assit, effondrée et pleurante, auprès d'une fontaine et n'adressa la parole à personne. Mais, quand vinrent à passer les servantes de la reine, elle les salua, les entretint avec bienveillance, s'offrit à tresser leurs cheveux et à imprégner tout leur corps de l'admirable odeur qui se dégageait de toute sa propre personne. Quand la reine revit ces jeunes servantes, elle tomba tout aussitôt dans le désir de savoir quelle était l'étrangère, grâce à qui leurs cheveux et leurs corps répandaient un parfum d'ambroisie. Ce fut ainsi qu'elle l'envoya chercher, qu'elle fit d'elle sa plus intime amie, et qu'elle la chargea d'être la nourrice de son petit enfant. Le roi de ce pays s'appelait, dit-on, Malcandre… Pour allaiter l'enfant, Isis, au lieu de la mamelle, lui mettait le doigt dans la bouche. Durant la nuit, elle brûlait ce qu'il y avait de mortel en son corps. On dit aussi qu'Isis devenait parfois hirondelle, et qu'elle volait en gémissant tout autour de la colonne qui soutenait le toit. Cela dura jusqu'à ce que la reine, s'étant prise un jour à épier la déesse et à pousser de grands cris en la voyant brûler son tout petit enfant, ravit à ce dernier le privilège de l'immortalité. Isis se fit alors voir en déesse et demanda la colonne qui supportait le toit. Sans peine aucune elle dégagea ce tronc de tamaris et le coupa; puis l'ayant enveloppé dans une fine toile, elle l'oignit d'essence parfumée et le confia aux mains du roi et de la reine. Déposé dans le temple d'Isis, ce morceau de bois est encore aujourd'hui, pour les habitants de Byblos, un objet de vénération. Quand elle eût ainsi retrouvé le cercueil, la déesse se jeta sur lui et poussa des gémissements si aigus que le plus jeune des fils du roi en devint comme mort. Secondé par l'aîné, elle plaça le cercueil sur un navire et le ramena. Mais comme le fleuve Fidar en vint à l'aube du jour à nourrir un vent plus violent que l'habitude, la déesse irritée en dessécha le lit d'un regard".
Lucien de Samosate raconte qu'il ya des Bybliens qui prétendent qu'Osiris l'Egyptien a été enterré chez eux et que ce deuil et ces orgies ne se font point en l'honneur d'Adonis mais d'Osiris.

Or si certains habitants de Byblos croient que ces rites concernaient Osiris et non Adonis, cela est dû aux relations entre l'Egypte et Byblos et au fait qu'Osiris était devenu à l'époque hellénistique un dieu de la végétation et assimilé donc à Adonis.

La Propagation du Culte d'Adonis

Au fur et à mesure que le commerce des Phéniciens se fraie des chemins dans le monde, le culte d'Adonis se propage avec lui. Partout où ceux-ci s'installent, ils apportent avec eux leur culte. Les temples du dieu se multiplieront sur les côtes méditerranéens avec le développement de leurs comptoirs.

La première station fut l'île de Chypre. Le culte d'Adonis s'y implanta. La beauté des lieux pouvait favoriser l'éclosion de mythes voluptueux. Le père d'Adonis Kinyras est un roi de cette île. On racontait que la rose, une des fleurs les plus communes de celte île, et qui est la fleur mystique née du sang d'Adonis, avait été apportée à Cypre par l'Astarté phénicienne. Des villes comme Amathonte et Paphos, devinrent bientôt, à l'instar de Byblos, des villes saintes.

Quand les Phéniciens explorèrent des terres plus lointaines, le culte d'Adonis s'infiltra à l'intérieur de la terre grecque. Mais au fur et à mesure, c'est Aphrodite qui éclipse en quelque sorte Adonis réduit à un héros mythologique et se confondant avec d'autres dieux secondaires.

Charles Vellay raconte, d'après des documents, cette infiltration du mythe et du culte d'Adonis en Grèce puis en Italie.

On retrouve la légende adonique dans cet Adraste argien, tué comme Adonis par un sanglier, pleuré comme lui à certaines époques de l'année. On peut retrouver les mêmes analogies dans le culte de certains héros morts jeunes et que l'on pleure dans des lamentations solennelles: Un rapprochement est à établir par exemple avec Achille mort jeune et pleuré par les femmes d'Olympie, comme Adonis était pleuré par les femmes de Byblos.

Mais c'est surtout Dionysos qui rappelle Adonis par son caractère divin et par son histoire. Il a comme lui sa passion et sa mort tragique. Il est même mêlé au mythe d'Adonis. Le poète Phanoclès le représente ravissant Adonis:"Dionysos, qui aime les montagnes, comme il passait à Cypre, vit le bel Adonis:"On dit que le bel Adonis fut tué par un sanglier, et que cet Adonis n'est pas autre chose que Dionysos lui-même . C'est là une chose confirmée par la similitude des cérémonies qui s'accomplissent au cours des sacrifices de l'une et de l'autre de ces divinités. D'autres disent encore qu'Adonis était le favori de Dionysos".
Bellori reproduit une peinture murale ancienne et rapporte à ce sujet ce vers d'Ausone: "Je suis Bacchus chez les vivants, Adonis chez les morts". Voici une autre épigramme du même auteur: "Ogypie m'appelle Bacchus; l'Egypte me désigne sous le nom d'Osiris; … l'Inde sous celui de Dionysos, Rome sous celui de Liber, l'Arabie sous celui d'Adonis".

Carthage avait connu aussi Adonis. Hesychius dit: "Salammbô, C'est Aphrodite chez les Babyloniens". Dans les mythes cananéens, le nom de Salammbô s'appliquait à Astarté éplorée et cherchant Adonis.

La Sicile l'avait de même connu avec les autres dieux phéniciens. L'Italie le connaîtra encore. Il se confondra avec le dieu phrygien Atys, dont le culte était lié à celui de Cybèle, la Grande Déesse. Les Megalésies ou fêtes de la Grande Déesse et d'Atys, rappellent par bien des détails les épisodes du mythe d'Adonis. La déesse perd son fils, elle se lamente et l'on pleure avec elle autour du cadavre du jeune homme. La période de deuil se déroule pendant qu'Atys est au tombeau. Les prêtres, les Galli, se mutilent et se font des blessures. Puis la résurrection du dieu a lieu et une période de joie succède alors à la douleur.

Au-delà de l'Italie, le culte d'Adonis avait atteint la Sardaigne, les Corse, les côtés de l'Ibérie. En Sardaigne, on a retrouvé une inscription phénicienne analogue à celle trouvée en Sicile, et portant une dédicace à Astoret.

Ainsi, partout où les Phéniciens sont arrivés, ils ont implanté avec eux leur religion, Sur toutes les côtes de la Méditerranée, les peuples ont du connaître quelques chose du culte d'Adonis.

Persécution du culte et destruction des temples

C'est sous Constantin (337-361) qu'on ordonna la fermeture des temples. Celui-ci fit détruire les temples de la région de Byblos. Les fideles se refugièrent alors dans les montagnes et dans les champs. Un retour aux cultes païens fut signalé sous Julien l'Apostat (361-363). Apres sa mort, plusieurs événements vinrent dans les dernières années du IVe siècle, disperser et détruire les derniers vestiges du culte. En 399, les évêques réunis au cinquième concile de Carthage demandèrent à l'empereur d'ordonner la destruction des temples que les fideles du culte avaient construits dans des lieux déserts et dans les montagnes. Théodose (379-395), en adoptant la politique de Constantin, édicta une série de mesures à l'encontre des pratiques et des rites du paganisme. Certains temples devinrent des édifices publics à l'usage du gouvernement et la plupart détruits par la population déchainée. Le décret de 392 interdisait, sous peine de châtiments, toute offrande de sacrifices. Le coup fatal surtout porté par Jean Chrysostome. Il y eut une véritable persécution et une lutte sanglante entre les païens et les chrétiens. Le vieux temple d'Aphaca fut rasé et les païens durent se refugier dans les cavernes souterraines et transporter avec eux leurs mystères et leurs pratiques religieuses. Ils y adoraient leurs dieux et en sculptaient les parois des rochers. Le culte d'Adonis se prolongea encore pendant un demi-siècle puis il disparut avec les derniers fidèles.

Nina Jidejian rapporte qu'Afka et ses ruines restent aujourd'hui encore l'objet de la vénération populaire. La source passe pour avoir des vertus curatives. Les femmes stériles de la montagne libanaise viennent encore de nos jours suspendre leurs offrandes à un arbre prés d'un mur du temple d'Aphrodite dans l'espoir de devenir fécondes.
Sat Apr 11, 2015 1:10 pm View user's profile Send private message Send e-mail Visit poster's website
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