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Le Collège d'Antoura

Il n'est pas nécessaire de connaître à fond l'histoire du Liban pour apprécier les beautés naturelles et artistique que nous propose notre pays: mais je crois que nous ne pénétrions véritablement jusqu'à l'âme de cette terre bénie du Proche-Orient que si nous possédons au moins quelques données sur le Kesrouan dont les paysages dégagent une impression de majesté et de spiritualité.

Or, précisément, le village d'Antoura, situé au cœur même du Kesrouan doit sa renommée et son prestige à sa mission fondée en 1656 par les Peres Jésuites, cédée en 1783 aux Pères Lazaristes et érigée en cité scolaire en 1834.

Les Pères Jésuites à Antoura

En 1657, les Pères Jésuites ont construit le couvent Saint-Joseph d'Antoura. Son corridor en forme de voûte surbaissée évoque le cloître. En 1773, le Pape Clément XIV a supprimé la Compagnie de Jesus sur les instances du gouvernement du roi Louis XVI et celles de la Propagande. Les Pères Lazaristes firent la relève de leurs illustres devanciers les Pères Jésuites qui ont choisi à Antoura une maison de repos où l'on pourrait se refugier en cas de persécutions.

Cheikh Abou Naufal El-Khazen, un éminent chef maronite fut le premier kesrouanais qui a invité les Peres Jésuites à établir leur mission en cette belle et paisible région libanaise ou il n'y a que des maronites, et en grand nombre, logés sur les montagnes du Liban. Le plan d'Abou Naufal El-Khazen aboutit à une fin heureuse: la fondation d'une maison d'éducation au Kesrouan, son fief. Il en escomptait d'ailleurs un double avantage; maintenir les Maronites de la montagne dans la piété et instruire la jeunesse. Sous les Pères Jésuites de 1657 à 1783, sous les Peres Lazaristes de 1783 à 1834, Antoura sera d'abord maison de mission jusqu'en 1845, date à laquelle le développement du collège demandera l'activité de tous les missionnaires.

Signalons à cette occasion que Cheikh Abou Naufal El-Khazen est un des personnages les plus importants de l'histoire maronite. Son père Abou Nader El-Khazen avait été le conseiller du grand Emir Fakhreddine Le Grand II qui a été confié avec son frère par leur mère Sitt Nassab aux cheikhs Khazen de Ballouné pour les soustraire à la vengeance des Turcs.

Abou Naufal continua à jouir du crédit de son père auprès de l'Emir Melhem, gouverneur du Liban depuis la défaite de son oncle Fakhreddine. Grace au Consul du roi de France à Alep, François Picquet il avait été nommé vice-consul de France à Beyrouth et le roi avait confirmé cette nomination.

Louis XIV, sur les instances de Mgr Isaac Chedraoui, évêque de Tripoli porte-parole du patriarche maronite, jointes à celles des missionnaires jésuites et capucins, et par lettre patente du 1er janvier 1662 le nomma non plus vice-consul, mais consul du roi de France à Beyrouth.

Le Père Lambert qui fondera Antoura déclarait que Abou-Naufal El-Khazen avait l'âme noble, il était le conseiller du patriarche maronite, son hospitalité était magnifique, sous sa silhouette la paix régnait parmi les chrétiens.
Le Père Jésuite, le Père Besson disait de lui également que riche, considéré, magnifique et libéral, il passait pour un génie et qu'il était effectivement capable et merveilleusement entendu en affaires. Il a gagné toute la nation par sa bonté. Il devait mourir le 13 août 1679 à Ajaltoun où il est inhumé en l'église de la famille Khazen dite de la Vierge. Tel est le personnage qui devait contribuer par ses instances et sa générosité à la fondation d'Antoura.

Quant au village lui-même (Antoura) d'après son sens étymologique d'origine syriaque signifie source de la montagne (Ain-Toura). Cette source, située à 500 mètres au-dessus du couvent permettait le ravitaillement en eau, avantage appréciable dans un pays ou l'eau est rare.

Les Lazaristes au Liban

En 1656, la Propagande avait sollicité saint Vincent de Paul, le fondateur des Lazaristes, d'envoyer au Mont-Liban un de ses missionnaires « homme qui ait gravité, bonté et doctrine ». Son choix s'était porté sur Monsieur Jolly, Supérieur à Rome. Ce dernier pour des raisons de santé envoya Monsieur Berthe.

Enfin en 1658, saint Vincent fit son possible pour protéger les chrétiens d'Orient. Avec l'aide du Père Sylvestre de Saint-Aignon Custade des Capucins de Syrie et le projet du Consul de France a Alep, François Piquet, grand ami des maronites et futur évêque, le Saint-Siège choisit en 1763 Monsieur Armand Bossu, premier lazariste qui devait venir s'installer au Liban avec le titre de délégué apostolique pour le patriarcat d'Antioche, de Jérusalem et du royaume de Chypre. Il résida chez les Peres Capucins de Beyrouth.

Ainsi au début de l'année 1783, écrit E. Joppin, 17 lazaristes partirent pour le Levant et le Mont-Liban.

Les seigneurs évêques, les consuls, les ex-jésuites, et tous les catholiques leur ont fait un accueil chaleureux, accompagné des démonstrations de la plus grande joie.

Les lazaristes à Antoura

Le 21 juillet 1773 le Pape Clément XIV signait le Bref «Dominus ac Redemtor» supprimait la Compagnie de Jésus. Ordre était donné aux évêques de tous pays d'expulser les jésuites de leurs maisons, de faire l'inventaire de leurs biens et de leur substituer des séculiers. A l'instigation du Duc de Choiseul, Louis XV avait déjà légiféré dans le même sens pour la France en 1764. Privées d'hommes et de ressources les missions devaient suivre le sort des provinces dont elles dépendaient.

Au Levant ce fut le gouvernement français qui eut tout le souci de la liquidation. Son ambassadeur à Constantinople, le Chevalier de Saint Priest écrivait le 2 septembre 1773 au ministre, le Duc d'Aiguillon, que cet événement si longtemps annoncé l'avait pris au dépourvu, entre autres raisons, parce qu'il se faisait une peine de s'occuper d'avance de la dépossession de ces religieux. Leur expulsion avait laissé vacantes des maisons que les Turcs n'auraient pas manqué de confisquer. J'ai pris, ajoute l'ambassadeur de Saint-Priest, le parti d'écrire à tous les officiers du roi des lieux du ressort de mon ambassade où sont les maisons de ces religieux de ne permettre à qui que ce soit d'entrer en possession des maisons; capitaux et autres effets appartenant aux ex-jésuites, sans nouvel ordre de ma part. La question fut agitée en cour de Rome qui finalement en laissa la propriété à l'Etat français. La confiscation de leurs biens et la suppression de leurs établissements par la Sublime porte était ainsi évitée.

Deux congrégations et un Ordre religieux furent mis en avant pour remplacer les jésuites: les franciscains et les lazaristes. Le projet de Saint-Priest fut adopté. Ses candidats étaient les lazaristes.

Le 23 décembre 1780, un arrêté du Conseil d'Etat du roi attribuant aux lazaristes les missions précédemment desservies par les jésuites dans les Etats de la domination ottomane, cet arrêté était confirmé par lettre patente de Louis XVI du même jour. Le gouvernement du roi ouvrit ensuite des négociations avec Rome pour lui faire accepter son projet, le 22 novembre 1782, la Propagande donnait son acquiescement par décret. Le 21 décembre de la même année le roi Louis XVI délivrait par exécution du Bref de Rome des lettres patentes que le Parlement d'Aix enregistrait le 30 janvier 1783.

Un premier travail des lazaristes arrivés au Levant fut de réorganiser les maisons plus ou moins tombées du fait du départ de leurs devanciers les jésuites.

Monsieur Cordier se rendit à Saida où il fit enregistrer au Consulat de France les actes officiels de la substitution des lazaristes aux jésuites. De Saida il se rendit à Antoura pour y prendre possession de la maison.

Le second travail du Supérieur de la Mission de Syrie et premier Supérieur d'Antoura, Monsieur Cordier sera celui d'apprendre la langue arabe. C'était une tâche assez délicate et difficile. Une première connaissance suffira pour remplir à la maison les fonctions de curé et y enseigner le catéchisme.

Voici un témoignage intéressante sur l'Antoura de l'époque est celui de l'auteur des « Ruines » Volney, précurseur des nombreux voyageurs de lettres en Orient du XIXème siècle.

« Sur la frontière du Kesrouan, rapporte-t-il, a une lieue a l'est de Nahr el-Kalb, est le petit village d'Antoura où les jésuites avaient établi une maison qui n'a point la splendeur de celles d'Europe: mais dans sa simplicité cette maison est propre, et sa situation à mi-côte les eaux qui arrosent ses vergers et ses mûriers, sa vue sur le vallon qu'elle domine et l'échappée qu'elle a sur la mer, en font un ermitage agréable ». Hôte d'Antoura pendant quelques jours en souvenir de son passage Volney grava son nom sur un de ces orangers du jardin qui devaient faire l'admiration de plusieurs voyageurs.

Monsieur Cordier, devait mourir en mer en 1790 au large des côtes de l'Ile de Tinos, à bord de la « Madonna delle Grazzie », alors qu'il se rendait de Beyrouth à Smyrne pour continuer sur Constantinople. Le 14 juillet il fut enterré dans l'Ile de Castella Rossa.

Signalons à cette occasion que seuls parmi les missionnaires français du Liban, les lazaristes survécurent à la crise et se perpétuèrent sans interruption jusqu'à nos jours.
Monsieur François Leroy Fondateur du Collège d'Antoura

Le vicaire général des lazaristes, Monsieur Boujade, envoya en 1826 Monsieur Antoine Poussou missionnaire zèlé et expérimenté au Mont-Liban pour le relèvement des missions des lazaristes en Syrie car Antoura avait perdu son prestige et la congrégation ne disposait plus de prêtres. Ne voulant pas partir seul, il sollicita un compagnon le jeune séminariste François Leroy pour l'accompagner. Ce dernier était doué du sens de l'administration et de l'autorité. Les deux missionnaires arrivèrent à Antoura en mai 1827. Ils y passèrent cinq mois à apprendre l'arabe, puis de la ils partirent pour Damas.

Par un heureux dessein, le climat de la capitale syrienne ne convint pas à Monsieur Leroy. Il revint à Antoura. Y fonder le Collège d'Antoura, jouer dans la montagne un rôle de grand missionnaire, telle fut sa tâche jusqu'en 1844.

Ordonné prêtre le jour de l'ascension de l'année 1829, Leroy exerça avec ardeur le saint ministère, prêchant, catéchisant, administrant les sacrements, faisant fonction de curé d'Antoura. Il reprit dans les villages d'alentour les missions volantes des Pères Jésuites.

Son influence devint assez grande dans toute la montagne. C'est pourquoi Monsieur Etienne, procureur général des lazaristes à Paris, le nomma Supérieur du Collège d'Antoura.

Visite de Lamartine

Au mois de novembre 1832, Antoura eut l'honneur de posséder Lamartine dans ses murs durant deux jours. Aller en Orient, c'était pour le poète un rêve qu'il caressait depuis l'âge de huit ans.

Après Volney et Chateaubriand, Lamartine était un des premiers parmi les gens de lettres qui allaient succéder en Orient au 19ème siècle.

Dans son « Voyage en Orient » Lamartine raconte tout au long sa visite à Antoura. Il fit, écrit-il, diverses excursions dans la partie du Liban qui lui restait à voir. C'est en revenant de Tripoli, note son majordome Geoffroy, qui tint le journal, que le poète retournant à Beyrouth, s'arrête à Antoura. Monseigneur Losanna, le délégué apostolique était allé lui-même à cheval accompagné d'une nombreuse escorte au devant du poète. Apres une halte à sa résidence il conduisit Lamartine chez les missionnaires. Les Lazaristes d'Antoura étaient alors Messieurs Leroy et Teste.

Fervent de la grande nature, Lamartine est satisfait à Antoura. Il trouve son site égal ou supérieur aux plus beaux des paysages d'Europe. Le voyageur pourrait se croire sur les bords du lac de Genève, entre Lausanne et Vevey ou sur les rives enchantées de la Saône entre Macon et Lyon; seulement le cadre du tableau est plus majestueux à Antoura. Lamartine ne quitta pas Antoura sans y accomplir le rite obligatoire de toute visite de marque, à savoir la signature du livre d'or. Seulement le livre d'or fut un oranger dans l'écorce duquel il grava son nom.

Revenu en France, député influent, Lamartine ne devait pas oublier ses amis les missionnaires. Il interviendra auprès du ministre Guizot pour obtenir quelques bourses en faveur du Collège naissant.

Antoura sous les Egyptiens 1831-1840

Sous la domination égyptienne, Antoura allait subir une transformation profonde. De maison de mission, le couvent Saint-Joseph devient la maison d'enseignement pour la jeunesse qui sera le Collège d'Antoura.

Les premières années du collège

En octobre 1834, le couvent Saint-Joseph écrit le P. Joppin, recevait quelques élèves qui venaient y faire leurs études secondaires. Sept élèves, tel fut le chiffre du premier contingent. C'étaient d'après les archives du collège le jeune Alphonse Guys, fils du Consul de France de Beyrouth, le fils de Monsieur Jorelle, chancelier du même consulat, deux fils de M. Lorello, consul d'Autriche, Michel Medawar, Jacob Tabet et le fils d'un certain Francis.

Les efforts louables de M. Leroy n'ont pas été vains. Il réussit contre vents et marées et malgré toutes les difficultés de construction sous le régime turc à construire les bâtiments projetés du Collège. Le corps enseignant était composé de trois professeurs qui assumèrent la tache d'instruire ces premiers élèves. Un ecclésiastique maronite chargé de la langue arabe complétait le corps professoral.

Qu'on ne s'étonne pas de la place accordée dans un collège français à l'italien. A l'époque, c'était la seule langue européenne connue au levant en raison des relations commerciales des républiques italiennes avec le Levant. En outre, plusieurs membres du clergé oriental la connaissaient. Il y avait également les Pères de Terre Sainte, les Capucins italiens qui enseignaient cette langue. Gérard de Nerval qui a visité le Liban en 1843 a signalé dans ses écrits que la langue italienne était bien répandue au Liban. Disons enfin que le réalisateur de tous les projets des Lazaristes fut M. Leroy. Bon administrateur, c'est à lui que les lazaristes et les filles de la Charité devaient, après la fondation du Collège d'Antoura plusieurs de leurs établissements à Beyrouth, à Alexandrie et à Damas. Il y a lieu de signaler que les premiers élèves qui sortirent d'Antoura seront drogmans dans les consulats, interprètes, commis, commerçants et journalistes.

Sachant l'arabe, le français et l'italien, ils étaient à même de traiter avec les Européens.

Parmi les premiers anciens élèves du Collège d'Antoura figure Michel Medawar. Il était journaliste, drogman, un des promoteurs de l'ouverture de la route Beyrouth-Damas, membre de la Compagnie des Eaux de Beyrouth, membre honoraire de la municipalité de Beyrouth. Au cours de ses voyages en Europe, il fut reçu par Napoléon III, par le Pape Pie IX, il mourut en 1889.

Parmi les visiteurs de marque qui se rendirent à Antoura en 1859-60 figurent le Comte de Paris et le Duc de Chartres petit-fils de Louis Philippe en voyage en Orient.

Signalons également que durant les événements de 1860, le Collège d'Antoura ferma ses portes. Le Père Supérieur à l'époque Monsieur Depeyre quitta le Collège et alla à Alexandrie. Il ne laissa à Antoura que son intrépide procureur Monsieur Pinna qui accueillit les refugiés Zahliotes et ceux qui s'étaient joints à eux en route. Ainsi le village d'Antoura fut transformé en un vaste hospice à ciel ouvert.

Mort de Monsieur Leroy fondateur du Collège d'Antoura

Monsieur Leroy, le vénérable fondateur du Collège d'Antoura était pendant les événements de 1860 à Damas. Il ne craignait pas tant pour lui que pour ses missionnaires et surtout pour les onze filles de la Charité, ses voisines confiées à ses soins. Lorsqu'il voulait les faire sortir de la ville, c'était trop tard. Enfin il réussit le 19 juillet 1860 à quitter la capitale syrienne pour Beyrouth. Il y arriva le 23 après une marche pénible de trois jours. Epuisé par les mortels soucis par lesquels il venait de passer, il partit pour Antoura dans l'intention de monter à Rayfoun dont il connaissait l'air salubre et frais. La mort ne devait pas lui laisser la possibilité. Le 30 juillet il rendit son âme à Dieu.

Grand et véritable missionnaire par sa piété son souci de la gloire de Dieu et ses talents d'administrateur et de fondateur d'œuvres, sa mort fut considérée comme une calamité. Ses obsèques furent imposantes. Il avait été le bienfaiteur et l'apôtre de la montagne.

Maurice Barrès à Antoura

Le 7 juin 1914, le consul général de France, François Georges-Picot avait eu la délicate attention de venir faire les honneurs d'Antoura à un Français illustre, Maurice Barrès. L'éminent académicien dont le passage en Syrie et au Liban fut triomphal et se perpétue par le beau témoignage qu'il en laissa dans « Enquête aux pays du Levant » conquit rapidement tous les cœurs par son affabilité et sa parole éloquente. Dans la réponse qu'il fit à l'adresse qui lui fut lue à la salle des fêtes, faisant allusion à l'œuvre de Monsieur Saliège, le Supérieur et à celle des missionnaires il fit un rapprochement ému entre sa Lorraine natale et le Liban, rappelant que la France, née généreuse, à des victoires pacifiques aussi glorieuses que ses conquêtes guerrières. Après une visite rapide de l'établissement et un long entretien au salon avec Monsieur Sarloutte, le nouveau Supérieur, et ses confrères, Maurice Barrès quitta le Collège et se dirigea vers Byblos.

Monsieur Sarloutte, Supérieur (1911)

Monsieur Ernest Sarloutte succéda à Monsieur Saliège. Il était arrivé à Antoura en septembre 1903. Il avait gardé par delà ses études ecclésiastiques une solide culture classique. Il était poète également.

Le Collège d'Antoura ferma ses portes durant la Première Guerre mondiale et les Lazaristes furent expulsés par les Turcs d'Antoura. Il devint un orphelinat turc et reçut des orphelins arméniens auxquels étaient mêlés des Turcs et des Kurdes. Leur nombre dépassa les huit cents Khalida Hannoun fut chargée par Djamal Pacha d'ouvrir le Collège d'Antoura. De nombreuses jeunes filles de bonnes familles turques furent engagées comme enseignantes sous la direction de Khalida Hannoun. Les propriétés de Mousbeh et de Rayfoun furent exploitées au profit de l'orphelinat. La religion officielle était l'islam que l'on enseignait à tous les orphelins. Le Muezzin chantait les heures de la prière du haut de la tour du Collège.

En 1915 Monsieur Sarloutte fut affecté comme aumônier volontaire sur les arrières immédiats des fronts de Lorraine. Il fut heureux de se retrouver dans sa Lorraine natale.

L'armistice et le retour au Liban du Père Sarloutte

L'orphelinat d'Antoura ferma ses portes avec la défaite de la Turquie. Trois mois avant l'armistice Loutfi Bey et son adjoint Rachid Bey annoncèrent leur départ à leurs collègues du corps enseignant.

Un pharmacien Riza Bey dirigea la maison. Ce dernier quitte à son tour Antoura avec tout l'élément turc dirigeant, laissant la maison aux soins d'un Russe Abdel Rahman Bey et des instituteurs libanais.

La désorganisation fut inévitable. Le ravitaillement n'y arrivait plus. Comment tenir des enfants affamés. Ceux-ci se répandaient sur la place précédant le collège criant: Nous avons faim. Les orphelins arméniens plus nombreux que les Kurdes engagèrent une bataille entre eux. Le lendemain on expédia sur Damas la plupart des orphelins kurdes. Un professeur envoya à Monsieur Dodge, président de l'Université Américaine un messager muni d'une lettre demandant secours. Immédiatement le président Dodge fit le nécessaire et les enfants furent sauvés. Le 7 octobre 1918, Monsieur Sarloutte avait fait son réapparition à Antoura. Débarqué à Beyrouth aux côtés de l'amiral Verney, son premier soin fut d'aller revoir son collège et ses confrères à Ballouné. Il avait retrouvé Antoura dans un état pitoyable.

Grace au président Dodge et à la Croix-Rouge américaine, le Collège d'Antoura reprit sa bonne marche.

La famine au Liban

C'est un tableau particulièrement triste et la misère devient effrayante. La désolation règne sur le littoral et dans la montagne libanaise. On mourait partout et à toute heure, en plein jour, devant le Sérail, devant les restaurants et les hôtels, devant les riches magasins et devant les palais. Du matin au soir, les cloches sonnaient le glas en haute montagne. Sombre tableau. Le premier soin de la France arrivant au Liban, fut de sauver la population libanaise de la famine et de la mort.

Monsieur Sarloutte fut chargé de ravitailler toute la partie nord du Liban, de Nahr el-Kalb à la frontière. Le Père Remy supérieur des Capucins de Beyrouth, de la ville de Beyrouth et le Père Martimprey du Liban-Sud. Ils continuèrent à distribuer des vivres mensuellement jusqu'en avril 1919.

La guerre terminée. Il fallut songer à reprendre ses occupations de paix. Pour Monsieur Sarloutte, c'était son collège, qu'il allait falloir remettre sur pied pour une nouvelle période d'activité.

Du collège il ne restait guère que les murs, tout son matériel avait disparu ou était fortement endommagé.

L'entre deux guerres 1919-1939

Monsieur Sarloutte se rendit à Paris pour se reposer de sa double campagne de Rouad et du ravitaillement du Liban. Il alla trouver son nouveau supérieur général. Celui-ci lui demanda d'aller rouvrir son Collège d'Antoura. Il reprit donc le chemin du Liban. La rentrée de 80 élèves en octobre 1919 fut modeste.

Monsieur Sarloutte fut largement aidé par le General Gouraud, Haut-commissaire de France. A la fin de l'année 1919-1920, Monsieur Sarloutte faisait installer l'électricité par une société française qui venait de s'établir à Beyrouth.

En outre, sur le plan scolaire, le Collège d'Antoura accueillait les fils des fonctionnaires du mandat ou d'officiers des Troupes du Levant. En 1930, un arrêté du Haut-commissaire de France supprime le privilège de l'équivalence du Baccalauréat accordé aux établissements qui comme Antoura délivraient un diplôme de fin d'études. Les Baccalauréats libanais et français deviennent obligatoires pour accéder aux facultés.

Monsieur Sarloutte exigea un réajustement de programmes. De nombreux étudiants égyptiens venaient faire leurs études à Antoura.

Durant le mandat français (1920-1943) les établissements français connurent une grande prospérité. Le Collège d'Antoura grâce à Monsieur Sarloutte devint le centre scolaire le plus important au Proche-Orient. Ses anciens élèves occupèrent les postes-clés dans les administrations publiques.

Centenaire du collège (1935)

Durant cette période, le collège devait être centenaire. Il fut décidé, écrit Joppin, de célébrer cet événement par des fêtes solennelles en présence de Monsieur Heuxdre, visiteur provincial des Lazaristes du Levant. Elles eurent lieu le 5,6 et 7 mai 1935.

En tète des anciens élèves, Monsieur Georges Lecomte de l'Académie française. Monsieur Selim Tacla, administrateur de la Ville de Beyrouth prit la parole au nom des anciens et présenta aux Pères Lazaristes les félicitations du corps des anciens Cheikh Youssef El-Khazen, député du Mont-Liban, descendant de ce Khazen qui jadis avait donné aux Pères Jésuites le terrain sur lequel s'élève Antoura, prit également la parole au nom de sa famille.

Les autres personnalités religieuses qui étaient présentes durant le centenaire furent:

Le délégué apostolique, le patriarche arménien catholique, Mgr Abdallah Khoury représentant du patriarche maronite, de nombreux évêques de toutes les communautés.

Le 3ème jour, placé sous la présidence du Comte de Martel, ambassadeur de France et Haut-commissaire en Syrie et au Liban, était réservée aux autorités civiles et militaires du mandat et aux amis du collège.

Monsieur Emile Eddé, Me Béchara El-Khoury, étaient présents. Monsieur Abdallah Beyhum épingla sur la poitrine de Monsieur Sarloutte la médaille d'or du Mérite Libanais de 1ere classe pour ses vingt cinq ans de supériorat.

De son côté le gouvernement français dans sa promotion du 14 juillet 1935 élevait Monsieur Sarloutte au grade de Commandeur de la Légion d'honneur et le 14 novembre de la même année l'amiral Rivet venait lui en décerner les insignes.

Enfin, le Grand Prix de langue française fut décerné au Collège d'Antoura.

Les écrivains français à Antoura

A la suite de Volney et de Chateaubriand, nombreux sont ceux qui au 19ème siècle étaient venus en Orient contempler les ruines des civilisations écroulées chercher les vestiges de spiritualité dans ces pays berceau des religions ou simplement voir des pays de lumière et de pittoresque.

Parmi eux citons Maurice Barrès, Renan, les Frères Tharaud, Henry Bordeaux, Lamartine et Pierre Benoit et d'autres…

La Deuxième Guerre mondiale (1939-1945)

Sitôt l'ordre général de mobilisation lancé, les Lazaristes d'Antoura mobilisés rejoignirent les postes qui leur étaient assignés aux armées, Monsieur Sarloutte lui-même, quoique non mobilisé, repris par ses souvenirs de la dernière guerre, alla offrir ses services au général Weygand qui venait de revenir au Liban avec le titre de Commandant en chef dans l'Orient méditerranéen. Le plus grand service qu'il pouvait rendre au Liban et à la France, lui répondit le général, était de rouvrir son collège. C'est ce qu'il fit à la date habituelle, au début d'octobre.

Le collège durant la guerre reçut une population d'élèves accrus et en rendant aux autorités des services de guerre qui lui seront bientôt demandés. Le collège devint également le centre d'examen du Baccalauréat libanais et français.

Signalons à cette occasion que le Collège d'Antoura fut occupé durant la guerre de 1939-1945 par des troupes françaises et par des légionnaires.

Mort de Sarloutte

Le rôle de Sarloutte ne se limitait pas à son établissement. Son long passé dans le pays, son imposante barbe blanche, les services qu'il avait rendus, son caractère élevé, tout commandait en lui le respect. Il usait de son prestige pour les bonnes causes et les premiers servis étaient ses anciens.

Le 26 février 1944, Monsieur Sarloutte rendit son âme à Dieu, après plusieurs mois d'hospitalisation. Sa disparition fut vivement ressentie dans tout le pays. La marine française envoya un piquet de marins qui monta la garde d'honneur autour de l'ancien aumônier de la Flotte de l'Ile de Rouad. Le président Béchara El-Khoury nouvellement élu monta à Antoura rendre hommage à la mémoire de celui qui avait dépensé quarante années de sa vie au service du Liban. Ses obsèques furent un unanime hommage rendu à sa mémoire.

Le 9 avril 1944, jour de Pâques, Monsieur Emile Joppin, préfet de discipline du collège, était nommé supérieur en remplacement de Monsieur Sarloutte.

Les supérieurs du Collège d'Antoura de 1834 à nos jours

Le R.P. Supérieur Michel Attallah qui dirige le Collège d'Antoura depuis 1970 avec un zèle et une compétence étonnante m'a délivré la liste des Supérieurs du collège depuis sa fondation:

1- P. Tepssere 1834-1837
2- P. Brasset 1837-1839
3- P. Laderriere 1839-1843
4- P. Amaya 1843-1845
5- P. Laderriere 1845-1852
6- P. Depeyre 1852-1866
7- P. Cauquil 1866-1872
8- P. Romand 1872-1873
9- P. Destine 1873-1876
10- P. Depeyre 1876-1879
11- P. Saliege 1879-1911
12- P. Sarloutte 1911-1944
13- P. Joppin 1944-1955
14- P. Bertrand 1955-1963
15- P. Maransin 1963-1969
16- P. Atallah Naoum 1969-1976
17- P. Atallah Michel 1976- ... etc

Après cette étude nous pouvons conclure que le Collège d'Antoura demeure et demeurera une cité scolaire de première importance au service de notre cher Liban.

 

 


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