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Vues Panorama > Beyrouth


Rue des Banques par Michel Rouvière

Comme beaucoup de rues de Beyrouth, ce nom a été donné par la renommée populaire tandis que l’administration officielle conserve le nom ancien; rue Riad El-Sohl. Toutefois si nous regardons attentivement en se promenant dans le quartier nous découvrons une « Rue des banques », parallèle, derrière les bâtiments du côté du Grand Sérail. A vrai dire c’est une belle ruelle piétonnière servant en quelque sorte de coulisse à la « vraie » rue qui s’affiche. Quand on parle du Liban, le mot banque ne vient-il pas naturellement sur les lèvres ? Depuis ….les Phéniciens….avant l’écriture,…je crois,…. les activités bancaires s’initièrent à partir du troc. Depuis, en ces lieux, cette profession ne cessa jamais de s’exercer. Il est significatif que sous les cieux si particuliers de l’Ile de France, c’est un « Pont aux Changes » qui porte les traditions financières de Paris. Cependant ne médisons pas trop des capacités bancaires de la France. Nous apprenons avec une heureuse surprise qu’en 1955, six banques françaises ou franco-libanaises faisaient plus de la moitié du mouvement bancaire parmi les 36 banques de la place ; 18 étrangères et 18 libanaises. Aujourd’hui il y en a 67 avec 10 étrangères dont 4 françaises ; BNPI (BNP Paribas), Banque Libano-française, SGBL (Société Générale) et Fransabank (Calyon)[1]

Notre rue s’étend sur 400 m environ ; de la place Bâb Edriss, où aboutit la rue Weygand, près du port, jusqu’à la place Riad El-Solh en longeant le bas de la colline du Grand Sérail. Nous disions dans un article précédent que Beyrouth était une tête de femme de profil ; alors nous sommes sur le bord de la joue, le sérail en étant l’oreille. Si nous poursuivons le trajet de la rue, nous allons vers la route de Saïda en passant par la rue de Basta qui se transforme ensuite en rue d’Ouzaï. Quand on interroge la plus ancienne mémoire nous découvrons que cette rue s’appelait Fakhreddine, puis avec 1943, le nom de Riad El-Solh s’imposa en tant que père de l’Indépendance. Il faisait écho à Béchara el Khoury quelques rues plus loin. Non seulement il marqua la rue mais aussi l’ancienne place Assour ; « Sur les murailles ».

La rue telle que nous la voyons a été réalisée à partir de 1952. Ce fut le seul ensemble urbain cohérent du centre ville édifié après le Mandat pendant l’âge d’or du Liban. Il est à noter que c’est l’initiative privée qui fut le moteur de cette transformation positive, en poussant l’Etat, dédommageant les ayants droits, puis édifiant les nouveaux bâtiments fonctionnels de cette nouvelle rue. Dans ce cas nous voyons bien que la société libanaise fait partie de celles qui vivent en organicité naturelle partant du bas. Ce caractère particulier se souligne avec la prédominance des familles sur les entreprises et des entreprises sur les organes de gouvernement. Dans l’optique inverse, certains voient d’autres sociétés s’édifier à partir de l’Etat. En partant du haut, l’ordre descend vers la base. Maintenant, en Europe, c’est l’Etat qui prend soin de vos vieux parents en fournissant des aides en « chèques de service » par un personnel dûment certifié par l’Etat. Le Liban s’organise sans idées préconçues, mais suivant la nature propre de chaque élément de base, avec un principe de subsidiarité instinctif. Dans le domaine bancaire cet aspect se confirme par le fait que le critère de banque agréée par le gouvernement était mal défini ; il s’agissait alors de banques agréées pour la fourniture de cautions dans les marchés publics. La définition de Banque ne sera précisée que plus tard, dans le Code de la Monnaie et du Crédit à partir du 1er août 1963. Faute de législation sur les opérations de banque, les établissements étrangers suivaient, si elles le voulaient bien, les règles de gestion des banques de leur pays d’origine. Cette anarchie organique apporta ordre et prospérité, dans la plus grande liberté. Pendant ce temps à Paris, la V ième République Française voulait créer un pôle financier en édictant une législation méticuleuse.

Dans le domaine architectural de la rue, Samir Kassir, dans « Histoire de Beyrouth » donne des précisions telles, qu’il n’y a rien à rajouter

« Déclinant un langage néoclassique tempéré, avec des emprunts plutôt réussis aux façades new-yorkaises, sans la même élévation,(On ajouta tout de même les avantageux étages Murr[2]) la rue des Banques se montrait, par son architecture, à la hauteur de la fonction économique internationale que remplissaient déjà ses occupants. L’alignement de la rue sera parachevé, en 1955, par les lignes du siège de la Pan American, et dont la volumétrie et le traitement du socle épousaient aussi bien la pente perpendiculaire du Grand Sérail que la déclivité de la rue »[3]

Si vous le voulez bien nous allons la remonter ensemble en partant de la rue Weygand. Ouvrant la belle perspective, nous avons à droite les vitrines de l’agence Bang & Olufren ; entreprise d’origine danoise dans le domaine de l’audition et la vision de tous les appareils modernes. Avant de venir au Liban cette entreprise s’était fait connaître dans le Golfe. Ensuite un libanais en a pris la licence et s’établit à Jamhour. Maintenant, il a pignon sur une des plus belles rues de Beyrouth. Sur la gauche, de l’autre côté, au travers de belles vitrines les stylos Mont Blanc se proposent à signer les meilleurs contrats possibles. Un pas de plus et Palobongia, H. Fratelli, Weill, et Gérard Darel sont prêts à vous vêtir pour votre futur rendez-vous financier. Sur le trottoir, l’angle d’une mosquée ayant conservée son orientation vous fait marquer le pas. En levant les yeux, et en vous tournant vers la droite, vous avez une belle vue. Sur fond d’azur le sommet de tuile du clocher de l’église Saint Louis des Capucins se détache entre de clairs immeubles modernes. Sur l’autre trottoir Caven, Aiguer Barbar, et Salvadore Ferragano étendent votre possibilité de choix que vous voulez donner dans votre habillement. Au premier étage l’éclat vermeil du drapeau turc donne une pointe de couleur parfaite. C’est le service économique de la République Turque. A ce premier croisement c’est l’ancienne rue Henry de Jouvenel, premier Haut Commissaire civil succédant au Général Maurice Sarrail, qui vous offre sa vue. Maintenant elle s’appelle la rue Hamid Karamé, un autre père de l’Indépendance, venant de Tripoli soutenir son collègue Riad El-Solh de Beyrouth. Cependant cette rue transversale conserve toute sa droiture ; de la place Bâb Edriss, en passant par la place de l’Etoile et son horloge, jusqu’à la coupole bleue ornée de minarets de la nouvelle Mosquée El Amine. Comme harmonie urbanistique, c’est un succès.

Justement, sur notre gauche, la mosquée de pierre ocre offre un relais charmant, orné de verdure, surmonté d’un minaret coiffé de cuivre. Une inscription de la Direction Générale des Biens Islamiques donne les explications nécessaires en arabe et en anglais ; « La mosquée Emir Munzir (Al Natufarce) Munzir Ibn Suleiman, b. Alam al Din, b. Muhammad al Tannakhi, 1029 de l’Hégire – 1620 après Jésus-Christ, sous le Sultanat Ottoman de Mourad IV » Un peu plus bas, une autre information, uniquement en arabe, s’inscrit dans le marbre pour fêter la rénovation grâce à Hajj Ahmad Misbah El-Bizri en décembre 2002. Est-ce lui qui a fait recouvrir d’un fin plastic translucide la cour intérieure ? Celle-ci, en hauteur, depuis le trottoir on doit monter sept marches pour accéder au sol recouvert de somptueux tapis. Elle est entourée d’arcades soutenues de colonnes de granit noir venues d’Assouan dans l’antiquité ; l’ensemble donnant une impression d’intérieur extérieur réussit.

Si vous remontiez la rue, Hamid Karamé vers Bâb Edriss, sur la droite, après quelques mètres vous trouveriez l’ancien siège de la British Bank of the Middle East dans l’immeuble des Capucins à côté de l’immeuble Sursock 1930 très bien restauré. En face, dans la même rue, la Chase Manhattan Bank dans l’immeuble Abboud avec une façade de style à colonnades, lui faisait écho, aujourd’hui au rez-de-chaussée nous avons les bureaux de la M.E.A. Plus tard cette banque choisit de s’installer dans le nouvel immeuble de la Banque de Syrie et du Liban.

Cependant, ne nous attardons pas, continuons notre itinéraire vers la Place Riad El-Solh en traversant la rue Hamid Karamé. Sur notre gauche faisant angle, à l’immeuble au rez-de-chaussée, attend un magasin pouvant faire oublier Orosdi-Back qui lui-même avait succédé à la commanda tour de la police Ottomane. Avant la guerre civile, Orosdi-Back nous offrait un magasin de luxe pour un intérieur de goût. Toujours au rez-de-chaussée, nous avions la BIAN (Banque Industrielle d’Afrique du Nord) dirigé par Monsieur Catoni, qui sera plus tard la Banque Libano-Française de Monsieur Farid Raphaël, ses bureaux allaient même jusqu’au premier étage. Au deuxième étage la Banque Belgo Libanaise vous attendait discrètement. Au troisième étage c’était la Compagnie Algérienne d’assurance. Aujourd’hui la SGBL[4] de Monsieur Sehnaoui occupe l’ensemble de l’immeuble de pierre ocre formant un îlot indépendant, avec une belle entrée de fer forgé.

Sur la droite la Banque Intra faisait symétrie jusqu’à l’escalier montant vers l’Eglise des Capucins de Saint Louis. Cette banque avait repris la station d’essence de la Socony Vacuum. Il est terrible de constater que le seul souvenir de cette banque dans l’opinion public soit sa défaillance du 16 octobre 1966 à midi après l’épuisement de ses liquidités de trésorerie. Pourtant après un rachat, il y eut une nouvelle société créée en octobre 1969, avec une participation des Etats-Unis, du Qatar, du Koweit et du Liban. Des spécialistes plus pointus soulignent même qu’Intra Investment Compagny créa une banque commerciale : la Banque Al Machrek en association avec la Banque Morgan Overseas Capital Corporation. Qui réalise cette vie d’après les épreuves ? La Banque Intra sera toujours dans la mémoire du peuple, cet arrêt des paiements en plein midi. Aujourd’hui l’immeuble de belle apparence attend un titre s’affichant sur cette rue de renom.

Un autre immeuble mitoyen annonce « Arab African International blg »

Ensuite, après la coupure d’un passage nous conduisant vers la rue des banques des coulisses, le trottoir longeait le Parking puis le bâtiment de la Banque de Syrie et du Liban jusqu’aux prochains vastes escaliers agrémentés de verdures. Là aussi, un seul bâtiment occupait l’îlot en toute indépendance. Les grands escaliers nous élèvent, après avoir traversé la rue quasi piétonnière des banques, à travers la rue des Capucins vers le Grand Sérail au sommet de la colline ; le drapeau Libanais flotte au vent du large. C’est une très belle ouverture en contre plongée. Le nouvel immeuble de la BSL a mis cinq ans pour être édifié ; 1950 à 1955. Il a abrité provisoirement la nouvelle Banque du Liban, ayant uniquement pour fonction le rôle de banque centrale, en attendant la fin de la construction de son immeuble propre à la rue Michel Chiha. Cette construction, elle, s’est effectuée en un an par Faez Bey. Juridiquement, l’immeuble de la rue Riad El-Solh se situait entre la nouvelle Banque du Liban et la Société Nouvelle de la Banque de Syrie et du Liban S.A.L. crée le 2 avril 1963.

Laissons parler Monsieur Roland Pringuey ;

« Dès que fut achevée la séparation des deux banques, je reprenais mon bâton de pèlerin en été 1965 pour aller plaider la cause de l’immeuble à Paris. J’en avais longuement parlé à Beyrouth avec nos administrateurs libanais Henry Bey Pharaon, Amine Bey Beythum et Faez Bey el Ahdab. Nous pensions tous que cet immeuble devait revenir dans le giron de la famille. Avec Faez bey, j’avais établi plusieurs projets d’aménagement pour rendre l’investissement supportable. J’en faisais part, dès mon arrivée à Paris, aux administrateurs de la Banque, ainsi qu’aux membres des comités de la Banque Ottomane. Après étude du projet, M.Dupéron pour le comité de Paris et Lord Latimer pour le comité de Londres donnèrent leur accord, accompagnant celui-ci d’un financement exceptionnel, remboursable dans un délai de dix-huit mois.

Il fallait donc faire vite. Faez Bey heureusement était à mes côtés. La SNBSL créa la Société Immobilière Al-Solh S.A.L. – SIAS – dont je fus nommé président, Faez Bey et Maître Michel Mitri étant administrateurs. Dès l’immeuble acquis de la BSL, les travaux commencèrent par la création dans l’espace libre de l’ancien hall, d’une grande dalle formant le nouveau deuxième étage de l’immeuble.

Puis se fut l’installation d’ascenseurs centraux et d’un escalier desservant tous les étages, le réaménagement complet du rez-de-chaussée, du premier et du troisième étage. L’immeuble avait été conçu par la BSL comme un bâtiment de prestige, de style haussmannien, comme un véritable monument, devenait un centre bancaire dont les unités d’exploitation pouvaient être louées ou vendues en copropriétés. Ce fut le cas pour les moitiés est du rez-de-chaussée et du premier étage qui furent vendues à la Chase Manhattan Bank pour liquider une partie du prêt assuré par les maisons mères. Ces lots de copropriété furent rachetés plus tard par la Société Nouvelle Immobilière S.A.L., autre filiale immobilière de la SNBSL.»[5]

En face, en allant de l’autre côté de la rue, la Bank Misr Liban S.A.L. establised 1929, une belle année de crise pour fonder une banque, est originaire d’Egypte comme son nom l’indique en langue arabe, prenait sa pose sur tout un îlot ; entre l’espace à l’arrière du Parlement et une large rue assez courte. Elle sert de parvis aux degrés du porche nous conduisant au Ministère des Télécommunications de la République Libanaise. Sur l’autre extrémité de cet l’immeuble ministériel, lui aussi prenant tout l’îlot, Liban Post nous accueille un peu moins solennellement. Toujours sur le même trottoir de gauche, en ayant franchi la rue Ahmed Jisr allant vers la place de l’Etoile, nous avions la vaste caserne de pompiers de Beyrouth jusqu’à la Place Riad el Solh. Cet immeuble se transformera en siège de l’Arab Bank, dans le style plus dur de verre et de marbre bordeaux des années soixante, grâce aux architectes, Georges Rayes et Théo Kanaan, tous deux d’origine palestinienne et formés à Londres.

Sur le trottoir de droite après les larges escaliers verdoyants servant d’entrée à l’ascension vers le Grand Sérail, nous rencontrons la Banque Libanaise pour le Commerce de Messieurs Abou Jaoudé, dans leur immeuble de pierre miel. Il est mitoyen de celui, de verre et d’acier noir, de la Banque de l’Industrie et du Travail. La présidence de cet établissement, en 1971, passa de Madame Nadia Khoury à la famille de Monsieur Emile Boustani. Toujours mitoyen, toujours dans le même style dur aux couleurs sombres, au fenêtres carrées, se succède une autre banque ; la Beirut–Riad Banks de Monsieur Pierre Eddé. Franchissons un passage qui s’appelle rue Moustafa El-Akkad. Nous atteignons le bâtiment d’angle de la place Riad el Solh. Nous retrouvons les couleurs lumineuses de la pierre libanaise. Cet immeuble s’illustrait par les bureaux de la compagnie aérienne Panam avec au sixième étage ceux de la Banks of America. Que de rêves pour l’imagination dans les années soixante ! L’avion, faisait autant rêver de luxe, que voyager. Il n’avait pas acquis cette banalité actuelle des déplacements de masses. Aujourd’hui, sous le porche, sentant un peu trop l’attente, avec la poussière de la circulation, REPCO nous annonce sur une plaque de cuivre que cet immeuble lui appartient. Si vous le contournez en allant à droite, vous serez surpris par la tranquillité du lieu. A la rencontre des rues des Capucins et des banques un joli jardin se présente sur le flanc de la colline du Grand Sérail. Vous pouvez, alors, descendre vers Bab Edriss dans une des plus belle promenade de Beyrouth. Un peu plus bas vous méditez sur deux ou trois parcelles de vestiges romains au ras du sol avant de retrouver le monde contemporain avec toutes ses agréables vanités.

Sur la place Riad el Solh, à la circulations automobiles incessante, nous attend impassible la statue éponyme. Le contraste est violent ; vous étiez à l’ombre, le soleil vous écrase, vous appréciez le calme l’agitation vous accueille. Des rampes de bétons, des passages souterrains chantent le régal de la conduite de l’automobiliste pressé. Cependant, Riad El-Solh de bronze, quoique légèrement déplacé par rapport à son ancienne place, nous rappelle les jours anciens. Même dans les indications quotidiennes la place continue à garder son nom, avec un ton de familiarité respectueuse et gaie. Une occupation sauvage de protestation de dix huit mois n’y a rien fait ; la vie reprend son cours.

[1] Le Point sur le Liban – Gérard Figuié -
[2] Du nom du Ministre ayant toléré pour une fois, seulement, une dérogation à la législation du code de l’urbanisme.
[3] Histoire de Beyrouth – Samir Kassir - Fayard
[4] Société Générale des Banques du Liban
[5] Quarante ans de vie au Liban – Roland Pringuey- 1996 FMA / Beyrouth

 

 


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