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Gift Souvenirs from Lebanon!

 

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Un pays qui enjolive l'Orient - Esquisse du Liban - Années 1950 (Extraits)
Lucien Offenberg de la Société de Géographie de Paris, Envoyé spécial au Liban.


Pourquoi le Liban, petite Nation, enjolive-t-il l'Orient si grand, démesurément grand même? Cette République est-elle d'abord si petite? Ses onze mille kilomètres carrés pourraient englober plus de quatre fois le Grand-duché de Luxembourg, mais elle n'occuperait à vrai dire que le tiers de la Suisse. Tout est donc relatif. Comparée à ses grands voisins orientaux, Syrie, Egypte, Turquie, Irak, le Liban n'est guère plus étendu qu'une de leurs provinces! Mais ce qu'il perd en superficie, le Liban le gagne en qualité à l'intérieur de ses frontières, par l'absence de vastes déserts et la présence de montagnes. Enfin, qui plus est, grâce à sa position géographique qui lui donne la mer pour alliée, grâce à l'habileté et au dynamisme de sa population qui essaime ses fils aux quatre coins du monde, le Liban affirme brillamment une personnalité nationale au balcon de la Méditerranée.

Qu'adviendrait-il dans le monde si les grandes nations seules se voyaient toujours prises en considération dans le concert humain? Et si l'intérêt d'un pays ne s'évaluait qu'en fonction de son entité géographique? Maintes petites nations ont joué et continuent de jouer un rôle prépondérant, au sein de la communauté des peuples. Ce qui est vrai pour la Suisse en Europe, l'est aussi pour le Liban dans son cadre oriental. La République libanaise, Etat souverain, pays arabe, terre chrétienne autant que musulmane, ouvre ses portes au voyageur d’où qu'il vienne.

N'accepterions-nous pas l'invitation offerte de la part des descendants des antiques Phéniciens, qui portent aujourd'hui dans le monde le passeport libanais?

Les Seigneurs de la Bekaa

Avant de parler des Libanais, connaissons du moins leur pays. Toutes les manifestations de la géographie humaine du Liban se déroulent en fonction du relief. Il importe donc de s'y attarder un tout petit peu et de lui consacrer quelques lignes. Relief à la fois simple dans son orientation axiale nord-sud, courant parallèlement au rivage de la Méditerranée, mais accidenté dans sa forme, il apparaît comme le plus compliqué des pays du Moyen-Orient, tant par sa structure géologique que par la variété de ses aspects et du réseau hydrographique qui en dérive.

Le Liban est couvert, au delà de la Galilée libanaise qui prolonge la Galilée palestinienne, par un imposant massif montagneux, très élevé qui s'allonge dans une direction sud-nord en se resserrant au nord vers le littoral: c'est le Mont Liban. C'est bien lui que découvre le touriste dès son arrivée au large de Beyrouth. Il est couvert de neige l'hiver, strié de blanc durant les premiers mois de l'été. Rien d'étonnant, même s'il se situe au soleil du Moyen-Orient, puisque ses sommets se rapprochent souvent des deux mille mètres et dépassent les trois mille dans le Liban septentrional qui culmine par des hauts plateaux (le Sannine, le Djebel Barouk, le Hermon, le Makmel) plutôt que par des pics en dents de scie. Une seconde chaine de montagnes, l'Anti-Liban, court parallèlement à la première; plus à l'est, elle est séparée du Mont Liban par une large dépression formée de terres arables et dans laquelle les Libanais ont placé leur grenier: c'est la plaine de la Bekaa. Géologiquement, elle représente un fossé qui prolonge vers le nord la dépression du Jourdain. Dans l'ensemble, la plaine de la Bekaa se fraie un passage de la Palestine vers la Syrie septentrionale. Elle atteint une largeur de 15 km, s'étire sur plus de 50, ce qui se traduit par une étendue cultivable appréciable. Aussi les riches propriétaires terriens libanais ne peuvent-ils être surnommés que les "Seigneurs de la Bekaa"! Nous venons de citer le Mont Liban, la plaine de la Bekaa, la chaine de l'Anti-Liban; voila toute la géographie du Liban. Remarquons que la ligne de crête de cette dernière chaine dessine non seulement la frontière entre le Liban et la Syrie, mais délimite deux zones naturelles bien distinctes: en deca se meurt le verdoyant Liban, au delà commence l'aride Syrie.

La Montagne Libanaise

Grâce à son relief, le Liban a été doté par la nature de gorges encaissées, de vallons, de failles, de cirques montagneux, d'escarpements, ensemble orographique que les Libanais appellent "la Suisse de l'Orient". Il serait néanmoins plus approprié, géographiquement parlant, de le comparer aux Apennins maritimes d'Italie, à la Riviera italienne, flanquée de sa montagne elle aussi, d'autant plus que la végétation exubérante qui y croit accentue cette similitude. Autre fait capital: le problème de l'eau n'apparaît pas au Liban d'une manière aussi lancinante, aussi impérative, qu'en Syrie ou qu'en Jordanie. L'eau, quoique responsable des ravinements du relief, est cependant un élément constructif essentiel du paysage libanais, en autorisant l'éclosion et la persistance de la vie.

Indépendamment du Litani, l'unique fleuve national qui arrose la Bekaa, de nombreux "Nahr" ou rivières permanentes (le plus connu est le Nahr el Kalb, la rivière du Chien) et "Wadi", cours d'eau secondaires intermittents au débit plus faible, veinent et enchantent la montagne libanaise. Cette présence de l'eau sauvegarde le visage méditerranéen du Levant; et les Libanais, hommes avisés, ont non seulement utilisé au profit de leur agriculture cette masse liquide, mais, dans un esprit très touristique, ils ont exploité la fraicheur de ces "wadi", la gaîté de ces sites, en y multipliant maintes guinguettes où la dégustation s'accompagne du murmure des cascades. Parmi tant, j'ai conservé la vision reposante du "Wadi" de Zahlé, non seulement le plus typique, mais le plus joliment aménagé. Cafés et restaurants orientaux s'échelonnent au bord de l'eau; Libanais et Syriens, Egyptiens et Occidentaux, ainsi que les nouvelles classes dirigeantes du Kuweit et du Quatar, s'y coudoient, unis par le même désir d'échapper sous ces frais bocages, aux ardeurs du soleil d'été oriental. Ces "wadi" ainsi aménagés s'insèrent agréablement dans le chapelet de stations estivales, parsemées sur la montagne libanaise. Le Liban n'est ni un désert, ni une fraction du désert. Il est le pays qui enjolive l'Orient.

La montagne permet enfin de découvrir le littoral dans toute son ampleur. Si l'on me demandait à brûle-pourpoint où mieux admirer le paysage maritime libanais, je répondrais sans hésitation: "Montez à Notre-Dame de Harissa!".

Une excursion à Harissa par les lacets d'une route asphaltée grimpant sous les pins odoriférants, représente un double pèlerinage: à celle appelée par la piété populaire, Notre-Dame du Liban, et à la nature magnanime de beauté qui offre le spectacle d'une baie au galbe parfait. Le paysage est celui d'une vision à vol d'oiseau: de l'esplanade sur laquelle s'élève la statue de la Vierge, se dessine, à plus de mille mètres, l'agglomération beyrouthine, l'ample baie de Jounieh, le promontoire de Jbeil (Byblos). L'horizon de la mer recule si loin qu'il se perd dans le ciel.
Partout à l'intérieur, la montagne vaut une triple attention par un triple intérêt géologique, historique et touristique. Ces stratifications exceptionnelles témoignent des grands bouleversements antérieurs à l'homme, et pour le profane même, elles ne resteront pas inaperçues. Cheminer en voiture par les étroites routes qui épousent tous les contours, consent à l'œil de s'étonner par la vision de milliers d'étroits gradins cultivés, descendant des cimes vers la mer. Ce sont les terrasses de Ghosta, gagnées à force de labeur et de ténacité, mètre par mètre, sur la montagne enfin asservie. Elles n'ont nulle part leurs pareilles; ou plutôt, à Madère aussi, le paysan a réalisé sur des terres volcaniques, le même miracle. Chaque petit champ de terre, travaillé à la bèche - la charrue ne pourrait y remplir sa tâche, - donne à ce rude paysan sa subsistance en blé, en orge, en raisins, et lui confère un titre à l'admiration.

Enfin, la montagne revêt aux yeux des Libanais, un caractère sacré et national. C'est sur ses hauteurs et dans ses vallées que l'âme de la nation libanaise s'est forgée; c'est dans la montagne que, fuyant l'asservissement étranger, le Libanais a lutté pour obtenir son indépendance. A quelque confession qu'il appartienne, le Libanais regarde vers la blancheur du Sannine et médite devant les Cèdres qui méritent, dans ce pays, la majuscule. La montagne libanaise réserve à tous ceux qui la parcourent, des visions grandioses et sauvages; mais, loin de rester muette, elle offre le geste de salut amical d'un chevrier, les rumeurs de gaîté des villages ou dans de petits cafés rustiques, le "mezzé" et le café turc sont de rigueur. Nul doute, au terme de ces randonnées en montagne, des amis sauront trouver la manière de faire préparer un "taboulé" et de mettre les braises pour un "méchoui" succulent. Car les Libanais allient volontiers le plaisir de la montagne avec les délices d'une bonne table. Pourrait-on leur en demander davantage?

Beyrouth: tumulte, gaîté, fantaisie

Je regrette de n'avoir point connu Beyrouth il y a cinquante ans; mais un vieil oncle, diplomate, oriental lui-même, m'assure avoir goûté dans l'atmosphère provinciale de l'ancien chef-lieu du "vilayet" ottoman du Liban, des années délicieuses et calmes. Les rues étaient bien poussiéreuses ou boueuses au rythme des saisons, les vieux souks désordonnés, le port assoupi et dépourvu de l'équipement ad hoc, mais Beyrouth - quoique déjà cité du négoce, - était la riante petite cité-jardin orientale qui permettait des promenades pédestres dans les campagnes d'Ashrafieh ou de Ras Beyrouth.

Inutile de le dire: je n'ai pu retrouver lors de mon séjour ces clichés des anciennes lithographies beyrouthines! Une grue de 50 tonnes a déchargé ma voiture sur le quai et 60 secondes plus tard, elle était happée par le flot d'une circulation congestionnée à l'excès. Il est vrai que de nos jours, les embouteillages du trafic sont considérés comme l'indice certain d'un pays en progrès. Ce souffle de vie moderne ne m'a pas laissé le temps de rêver sur la ville d'ivoire aux reflets de perle, les montagnes d'émeraude et d'améthyste, et tous les trésors d'Aladin dont parle un Camille Mauclair.

Beyrouth est une ville où la flânerie reprend malgré tout ses droits, si l'on veut la connaître. La cité n'a pas été bâtie par un Surintendant aux Beaux-arts; aucun Haussmann ne s'est appliqué à en étudier le développement, assurément exceptionnel, pour y effectuer des coupes selon les critères de l'urbanisme du XXe siècle, ce qui aurait donné des solutions aux problèmes de la circulation et l'aurait dotée d'un tracé rationnel. Beyrouth est une capitale "sui generis". Le grand s'accoste au petit sans l'écraser pour autant. La boutique prospère à l'ombre d'un "quatorze étages". L'agglomération s'étend bien vers l'extérieur, mais le trafic conflue vers l'intérieur de la cité – de la place des Canons à Bab Idriss,- et ses rues inchangées subissent l'étouffement. Dépourvu de grands boulevards, d'artères de ceinture, le centre de la ville reste désordonné, confus, et très probablement, il le restera encore longtemps. Par contre, le visage de Beyrouth s'éclaircit dans la luminosité radieuse des collines environnantes qui acceptent volontiers l'assaut des architectes.

Adieu donc, campagnes romantiques d'Ashrafieh et de Ras Beyrouth, si chères à ce vieil oncle; elles font place à des immeubles de rapport, à des bureaux, à des hôtels.

De belles avenues asphaltées accueillent maintenant prés de 500.000 habitants. Ici, la truelle des maçons leur donne un foyer moderne et leur conserve l'oxygène.

Tout le long de la mer, une route en corniche découvre le littoral accidenté de la ville, qui s'étire ainsi sur de nombreux kilomètres. Il ne se passe point de saison que le Président de la République ne doive inaugurer de nouveaux tronçons. Beyrouth, Par les agréments de cette corniche, promet d'être la plus belle cité de la Méditerranée orientale.

Il semble toutefois que les Beyrouthins, plus préoccupés de l'intérêt de leur négoce que du souci de l'esthétique, n'aient songé qu'a des bâtiments utilitaires, la ville étant dépourvue d'élan architectural.

On n'y retrouve point l'élégance des minarets turcs ou des mosquées égyptiennes. L'art islamique n'y brille point et de tout l'Orient arabe, Beyrouth en est le plus sevré. L'architecture occidentale elle-même ne s'y implanta qu'à l'époque des croisades et n'a guère laissé que l'église de Saint-Jean-des-Croisés, devenue une mosquée dépourvue d'intérêt. Seul, le bâtiment moderne, rationnel, lui confère, quoique sans art, un aspect de capitale.

Le vieux Beyrouth

A côté de cette fière allure de métropole moderne, Beyrouth cache encore, mais de plus en plus rarement, dans l'ombre de ses ruelles, enfouies sous la verdure, des villas libanaises si typiques que l'on souhaite de ne point les voir disparaître sous la pioche des démolisseurs. Vieux toits de tuiles rouges, triples fenêtres élancées dans un style gothique orientalisé, abritent des demeures qui n'ont rien des maisons arabes; voilà qui mérite encore un croquis avant de s'estomper sous la poussée du modernisme.

Que dire du centre de la ville?

C'est une succession de magasins, c'est le royaume de la boutique à petites vitrines, échoppés si communicatives où souvent la conversation s'engage sur le seuil entre acheteurs et vendeurs. Le négoce est resté une affaire individuelle, qui se traite avec élégance. D'autres sont un compromis entre le "souk" oriental et la devanture européenne. Avec leur néon et leurs brocarts, avec leurs objets de luxe, elles ont souvent le cachet de la petite boutique-bonbonnière. Beyrouth a toujours été le centre commercial le plus actif de l'Orient; et dans toutes les villes où j'ai séjourné, du Caire à Damas, les exclamations restent unanimes: "Cela vient de Beyrouth!", jusqu'aux fleurs qui enjolivent les jardins perdus dans le désert de l'arrière-pays d'Orient. Dépourvue de bâtiments représentatifs – à l'exception peut-être du vieux Sérail, siège des ministères, - Beyrouth affiche modestement la présence de son premier citoyen.

La présidence de la République s'abrite dans un petit hôtel de maître, ocre, entouré de fleurs; et seuls, la sentinelle et le corps de garde permettent d'y reconnaître la demeure du Président Chamoun, le troisième de la jeune lignée républicaine.

Une élégance byzantine enjolive la façade, un perron donne accès au salon ou sont convoqués les représentants du pays et les personnalités de la politique.

Accompagné du Haut Commissaire au Tourisme, je pus y rencontrer le Président.

Le Climat crée le Phénomène de l'Estivage

Les Libanais se croisent davantage en montant ou en descendant de la montagne au volant de leur voiture que dans les bars de leur capitale, où chacun vit en fonction de la montagne omniprésente.

Au lieu des expressions météorologiques si chères aux Anglais, - "lovely day to-day, beautiful morning" - les Libanais s'apostrophent par un "Alors, Khalil, tu montes à la montagne!" ou "Salim, descends-tu à Beyrouth?". On monte à la montagne l'hiver pour chausser les skis sur le Sannine ou aux Cèdres, on y remonte plus que jamais l'été pour l'"estivage". Le ski à une heure de route du bain, voilà bien qui invite les Beyrouthins à monter l'hiver à la montagne; mais la chaleur humide de Beyrouth durant l'été les incite impérieusement à un exode en règle, préparé, contrôlé et facilité par les autorités mobilisées a cet effet.

C'est l'"Opération estivage"! L'alternance des saisons dans les deux régions climatiques du Liban, climat méditerranéen pluvieux l'hiver au littoral, climat continental sec et frais en montagne durant l'été, crée un exode de Beyrouth de juin à septembre.

Les Beyrouthins quittent leurs maisons, non sans recouvrir leurs meubles des housses traditionnelles, font leurs adieux aux amis lors d'un dernier cocktail "avant de partir à la montagne"; et puis, chaque famille s'accroche à un coin de roche et de verdure ombragé pour ouvrir sa fenêtre huit cent mètres plus haut sur une vie nouvelle… éphémère et intense qui se baptise aussitôt et se poursuit par de nouveaux cocktails! L'estivage est donc une affaire, l'occasion de spéculations immobilières, d'une excellente saison hôtelière, d'une mondanité débordante. Le malheureux quidam qui erre encore dans les rues de Beyrouth par les après-midi chaudes est aussi dépaysé qu'un Gascon à Paris; au terme de sa mélancolie, il se décidera lui aussi a sauter dans un taxi pour monter à la nuit tombante à la montagne!

La fraîcheur, la brise, l'animation nocturne, les frou-frou féminins qui succèdent aux exhibitionnismes diurnes des piscines, ne sont pas des plaisirs restés en vase clos; ils ont une grande répercussion parmi tous les Orientaux.
Aussi, Syriens, Egyptiens, Irakiens, Saoudiens, émirs et cheiks de Kuweit et de Bahreïn, fuyant leurs intérieurs "air-conditionnés", qui malgré tout les plongent dans des étuves, accourent au Liban, comme vers une terre promise, goûtant eux aussi, eux surtout, de sa vie estivale légère et féerique.

On le voit, le climat du Liban est devenu une source de revenus incomparable; hommes avisés, les Libanais ont su créer un courant touristique vers leur pays aussi important en Orient que la vague européenne vers la Côte d'Azur. L'estivage est une opération rentable, un facteur de l'essor libanais.

Les Plages: Soleil et Bikini

L'œil et l'imagination des touristes se plaisent à identifier le long du littoral libanais des paysages maritimes que les Italiens comparent à la côte sorrentine, que les Français identifient à la Côte d'Azur et que les Espagnols rapprocheraient surement de leur Costa Brava.

La réalité, sans vouloir les décevoir, est diverse: c'est un littoral typiquement méditerranéen certes, néanmoins fortement marqué par un cachet libanais. Il s'agit d'un littoral qui s'étire de frontière à frontière, d'Israël à la Syrie, sur plus de 200 kilomètres et qui présente tous les agréments des côtes: plages de sable fin, écueils de vastes proportions comme la Grotte aux Pigeons de Beyrouth, falaises, salines étincelantes. Il est adossé à une montagne, dont nous avons vu les caractéristiques et le rôle, dessine d'amples baies, - je pense à la baie de Jounieh, - est parsemé de villages à la physionomie orientale et baigne une capitale trépidante. Partout, des eaux bleues reflètent des pinèdes, des tamaris, des palmiers et même des bananiers.

C'est assez dire que le littoral se parcourt avec le sourire; et comme une excellente route le borde, le suit, dans tout son développement, il se parcourt non seulement avec le sourire, mais dans un fauteuil!

Toute une population, toute une jeunesse sportive et enthousiaste se déversent sur ces plages. C'est un assaut de couleurs, le jaune, le bleu, le rouge, le vert des bikinis collés sur des anatomies féminines bronzées, qui a fait dire de Beyrouth qu'elle était la Cannes de l'Orient.

La comparaison est justifiée. Dans cet envahissement, libanais et étrangers se pressent coude à coude, les Orientaux fuyant leur Arabie brûlante. Ces derniers ne sont pas les moins étranges, car il m'est arrivé de saisir le contraste entre des filles parées de succincts vêtements d'un chic parisien, assises à côté de leurs mères entièrement couvertes des voiles noirs en usage au Kuweit.

Dans cette promiscuité, la jeune Orientale se modernise, s'émancipe à l'enseigne de ses sœurs libanaises.

Cette course à la mer, autre exode, qui se vérifie de la Syrie au Golfe Persique, se poursuit de juin à septembre, se meurt en octobre. Elle correspond donc à la migration de l'estivage. On imagine difficilement tous ces étrangers renforçant le soir les marées humaines qui déambulent dans les avenues d'Aley ou de Bhamdoun, entre un Casino, une piscine, un night club.
Ce mouvement humain ne se produit pas sans quelques heurts et quelques spéculations; mais toujours, les autorités du tourisme tiennent la situation en main.

La saison estivale se développant d'année en année, des établissements balnéaires plus modernes, des piscines, des chalets, des restaurants de luxe en plein air s'ouvrent et viennent faire la relève des installations inadéquates provisoires, ou l'hygiène n'est parfois qu'un mot.

Mais, avec ou sans hygiène, avec ou sans luxe, la jeunesse s'amuse et passe pour être une des plus allantes de l'Orient.

La Route est Reine

Le pays n'est pas étendu, et nul désert ne le recouvre; ce double avantage a permis la création et le développement d'un réseau routier international et intérieur, que j'ai parcouru dans son intégralité.

Parlons-en.

La route internationale nord-sud qui, par le littoral, reliait le Liban soit à la Turquie par la Syrie au nord, soit à l'Egypte par la Palestine, n'est plus ouverte au trafic que dans un sens depuis l'affaire d'Israël. Elle était doublée d'une voie ferrée qui a subi le même sort. La route littorale aboutit donc au sud de Sour à un cul-de-sac.

Par contre la route internationale Beyrouth-Damas accroît sans cesse son trafic. Elle traverse le Liban de part en part: du littoral, elle gravit la chaine du Mont Liban, franchit le col de Baidar (1.600 mètres), descend dans la dépression de la Bekaa, coupe la seconde chaine de l'Anti-Liban et débouche en Syrie, pour atteindre au centième kilomètre Damas.

Trois heures de voiture suffisent à joindre les deux capitales, grâce à cette route asphaltée et plaisante puisqu'elle traverse toutes les stations de villégiature telles que Aley, Bhamdoun, Sofar, Chtoura. Cette artère de grande communication est bien la route axiale du pays. Une route internationale se détache aussi de Tripoli vers Alep, en Syrie, mais elle n'assume point l'importance de celle-là; elle joue le rôle d'une dérivation secondaire.

De multiples routes méritent parfois, grâce à la qualité de leur construction et à la beauté du paysage qu'elles traversent, le qualificatif de route d'intérêt touristique: qu'il me suffise de citer, à titre d'exemple, la belle route montant à Bikfaya. D'autres, plus étroites, encore asphaltées, serpentent dans la montagne et atteignent des belvédères élevés: je citerai la route de Harissa, que les lecteurs connaissent maintenant. Enfin, la haute montagne est sillonnée de routes recouvertes de jets de graviers. Il en est ainsi de celles qui s'enfoncent dans la gorge de la Kadischa ou atteignent Djezzine ou encore le château de Beit-ed-Dine.

On peut considérer qu'un réseau de prés de 5.000 kilomètres répond aux exigences du tourisme national et international, à une exception cependant. Qu'il me soit permis de noter que la route se détachant de la vallée de la Kadischa vers les Cèdres millénaires, site numéro I du Liban, est précisément la route la plus mauvaise et la plus franchement dangereuse de toutes celles que j'ai parcourues!

Elle m'a fait songer aux routes du San Bernardino ou du Col de la Furka, en Suisse, que représentent les vieilles estampes, agrémentées de diligences.

Du Taxi-Service à l'Hélicoptère

Il paraît donc facile de visiter le Liban et de le découvrir sous ses aspects les plus éloignés, jadis inaccessibles, avec sa propre voiture, ou en utilisant celles des services publics. C'est dans ce secteur des activités libanaises, que le corps des chauffeurs est passé maître, au propre et au figure, dans l'art des transports routiers en commun. Les luxueuses voitures américaines, les derniers modèles de Mercedes offrent leurs bons offices à la collectivité. Ce sont les taxi-services qui suivent un parcours déterminé et dont le prix de la course est fractionné entre ses cinq occupants.

Jusqu'ici, même système que les "dolmus" à Istamboul ou Ankara. Mais au Liban, il est possible de parcourir tout le pays en "taxi-service" à des prix dérisoires. Aussi personne n'estime devoir faire l'économie d'un voyage ou d'un déplacement. On imagine l'intensité du mouvement, particulièrement sur les liaisons routières Beyrouth-Montagne et Beyrouth-Tripoli.

Des problèmes se posent aux autorités: une première disposition a interdit aux voitures l'usage des combustibles dont les gaz d'échappement recouvraient les routes de nappes de fumées toxiques. Ensuite, l'élargissement des routes ne suivant pas le rythme accru du trafic, il a été décidé de recourir aux autostrades. La première, Beyrouth-Tripoli, 70 kilomètres, est en construction et un premier tronçon de 20 kilomètres est ouvert à la circulation. La seconde, la Beyrouth-Damas, doit s'intégrer dans un plan de développement routier inter-arabe, mais elle n'existe encore que sur le papier.

Heureusement, l'initiative privée supplée dans tous les secteurs aux déficiences occasionnelles qui se manifestent dans la vie publique. Un ingénieur, du nom de Abdelnour, vient de solliciter et d'obtenir du Gouvernement la concession pour l'exploitation d'un service d'hélicoptères pour voyageurs encore plus pressés, entre Beyrouth, Tripoli, Saida et Baalbeck.

Gageons qu'il obtienne un succès mérité, car la presse beyrouthine s'exclamait "pourvu qu'il soit sincère, ce serait trop triste!"…

Aux automobilistes, un conseil: prudence et patience, car au Liban si la route est reine, point n'est besoin d'en être l'esclave, ni la victime.

Les Hôtels, Orgueil du Liban

Il existe de beaux pays sans hôtels; il se trouve aussi de bons hôtels dans des régions moins favorisées par la nature. Le Liban n'appartient ni à l'une ni à l'autre de ces catégories et c'est tout à l'avantage du tourisme intercontinental auquel se prête parfaitement ce pays.
Terre asiatique, le Liban reçoit autant de voyageurs d'Europe que d'Afrique; plaque tournante de communications aériennes, encore faut-il que tant d'hôtes, venus par mer et par air, puissent évoluer dans des conditions de confort à défaut desquelles Beyrouth risquerait de perdre la face.

Cette situation a été comprise. A l'heure actuelle les hôtels du Liban se divisent en deux groupes: ceux de la ville et ceux des stations de villégiature, en montagne ou à la mer.

A Beyrouth, sur le rivage de la mer, l'hôtel Saint Georges, le doyen des grands établissements hôteliers, est entouré d'une couronne de création récente: l'Excelsior, le Palm Beach, le Riviera, l'Ambassador, le Capitol situé au douzième étage et dont les jardins suspendus consentent des vues panoramiques sur toute la ville, le Bristol, doté d'une belle piste de glace pour patinage.

D'autres sont en construction, notamment le Phénicia, d'autres projetés, tel le Hilton, de la chaine hôtelière américaine. La future présence de ce dernier est commentée par de vives polémiques.

Inutile de le dire, tous ces hôtels sont dotés de service up to date y compris l'air conditionné. Ils se partagent une clientèle cosmopolite toujours croissante..

La capacité hôtelière de Beyrouth et environs atteint à l'heure actuelle plus de 4.000 lits, ce qui est remarquable; mais ce chiffre sera insuffisant d'ici quelques années si le rythme du tourisme se maintient aussi élevé.

Les stations de villégiature brillent le soir de tous leurs feux et la vie mondaine gravite autour des hôtels de Aley, de Bhamdoun, de Brumana ou les hôtels, parmi les meilleurs d'Orient, possèdent tous cabarets et orchestres.

Il serait vain d'énumérer ici une liste fastidieuse d'hôtels, mais les lecteurs pourront s'adresser aux Organisations officielles du Tourisme libanais, notamment au Commissariat qui "supervise" toute l'organisation hôtelière.

Ce que vous dépenserez au Liban

l L.L.= 100 piastres =16 Frs belges.

HOTELS:

LUXE AVEC BAIN
Chambre 2 personnes: L.L. 30.00 à 35.00
Chambre 1 personne: L.L. 14.00 à 17.00
Pension 2 personnes: L.L. 50.00 à 57.00

PREMIERE CATEGORIE
Chambre 2 personnes: L.L. 22.50
Pension 1 personne: L.L. 20.00
Pension 2 personnes: L.L. 38.00
Service 10% non compris.

RESTAURANTS:

l repas à la carte: L.L. 8.00 à 12.00
l repas menu: L.L. 4.50 à 6.75
l plat garni: L.L. 3.50 à 4.50
l bière du pays: L.L. 0.75
l bière européenne: L.L. 1.25 à 2.00
l apéritif: L.L. 1.00 à 1.50
l café turc: L.L. 0.50
l bouteille de vin du pays: Ksara: L.L. 1.00 / Musar: L.L. 3.00
l bouteille de vin européen: L.L. 5.00 à 7.50

EXTRAS:

Taxi (en ville): L.L. 1.50
Taxi-service: L.L. 0.25 la place
l journal local: L.L. 0.25
l journal étranger: L.L. 0.75
l rouleau Ektachrome: L.L. 4.00
l mise en plis avec shampooing: L.L. 7.00
l coupe de cheveux: L.L. 3.00
l repassage + lavage de chemise: L.L. 1.25

FRAIS DE VOITURE:

l bidon d'essence ordinaire (20 litres): L.L. 6.25
l bidon d'essence "super"(20 litres): L.L. 7.00
l lavage de voiture: L.L. 1.50
l "parking": L.L. 0.25

DISTRACTIONS:

l place de cinéma: de L.L. 1.25 à 1.75
l consommation dans un night club: L.L. 3.00
l billet d'entrée pour la plage: L.L. 2.00
l billet d'entrée pour les ruines de Baalbeck: L.L. 1.00

SPECIALITES:

l kilo de baklawa (pâtisserie orientale): L.L. 5.00
l arak avec mezzé simple: L.L. 4.50
l nappe brodée pour six personnes: L.L. 175.00
l mètre de brocart: de L.L. 10.00 à 30.00.

Gastronomie libanaise: Alliance arak-mezzés

"Tasket arak": la table de l'apéritif que l'on prend avec l'arak, la boisson nationale, est un tableau qui flatte l'œil avant même d'exciter le palais. Le plus modeste "mezzé" comporte une douzaine de plats colorés, par convive: salaison, pistaches d'Alep, "taboulé", poivrons, piments divers, concombres, aubergines additionnées d'huile de graine de sésame et tachetées de "chatta" rouge, tomates, etc. Ce cornet d'abondance ne se déguste pas sans l'arak. Cette alliance "arak-mezzés" est un rite sacré qui s'accomplit dès le matin, et se renouvelle encore la nuit devant le spectacle d'une danseuse orientale.

Ce qu'est l'Arak? Tout simplement de l'eau de vie de raisin, fortement alcoolisée et additionnée d'un gout d'anis. Verse dans de petits verres, l'arak est blanc, invisible. L'eau le transforme en un liquide d'aspect laiteux: ainsi coupé d'eau, il se boit à petites gorgées, interrompues par la dégustation des plats dont la table est couverte.

Néanmoins, le "mezzés" enrichi de toute sa gamme d'amuse-bouche n'est qu'une entrée en matière au chapitre de la table libanaise. N'espérez pas en déceler les finesses au premier repas: les secrets de la gastronomie libanaise ne se livrent pas séance tenante, ne serait-ce que la terminologie culinaire si complexe, qui s'agrémente d'expressions telles que "kobéba", "labaneya", "arnabeya", "chechbarak", "chichekebab", sans compter des ingrédients tels que le "borghol", la "tehina", le "chatta" et enfin le "hommos" et le "taboulé" national! Il n'y a cependant pas lieu de se décourager, car le palais assimile plus vite que le cerveau et l'estomac digère ce que les méninges repoussent!

Un peu d'ordre dans les ides ne nuirait pas, avant d'entrer dans ce labyrinthe coutumier de la ménagère libanaise. Le "kobéba" se consomme régulièrement et dans chaque famille, d'autant plus que s'accommodant de diverses manières, ce gâteau ne fatigue pas. Il est en quelque sorte un pâté de viande de mouton, préparé dans une bouillie de blé concassé appelé "borghol". Le "kobéba" bouilli, se mange avec une sauce de lait de chèvre caillé additionné de riz: c'est alors le "labaneya". Les braises interviennent aussi pour griller les brochettes de "kobéba". Des oranges amères, l'huile de sésame (appelée "téhina"), des pois chiches composent une autre mixture qualifiée " arnabeya".

L'huile de graine de sésame, très populaire, à ses partisans, tout comme l'huile d'olive a ses amateurs. Pour ma part, ce n'est pas le premier jour que j'ai sauté de mon camp dans celui de mon voisin, bien que cette huile de sésame entre dans plusieurs compositions gastronomiques libanaises, et particulièrement dans certains plats qui accompagnent le "mezzé". Le "chechbarak" se présente également sous la forme d'un gâteau de viande d'agneau mais il se sert recouvert de lait de chèvre caillé, mélangé avec du riz ou des pâtes vermicelles. La participation du lait aux bouillis de viande n'est d'ailleurs pas uniquement une prérogative de la cuisine libanaise: de nombreux pays d'Orient adoptent cette formule; le lait et le "yaourt" sont aussi d'usage courant en Turquie.

Le Libanais consomme énormément de choux que les maîtres-queux jusqu'aux modestes ménagères remplissent de farce, saupoudrent de menthe et entourent de feuilles de vignes. Ah! ces feuilles de vignes! que de souvenirs n'évoquent-elles pas! Que de conversations se prolongent jusque dans la nuit, devant un tel plat, celui qui de bouchées en bouchées diminue le plus rapidement. Les feuilles de vigne fraiches s'enroulent autour de hachis de gigot d'agneau mêlé avec du riz pimenté. Ce mets froid acquiert ainsi un goût agréablement suret. Deux salades nationales, le "taboulé" et le "hommos", colorent les tables et rallient tous les suffrages: blé concassé, persil, menthe verte, tomates, oignons, poivre, citron, ail, pois chiches et "chatta" se retrouvent dans des mélanges qui font la joie quotidienne des Libanais. L'étranger sans en connaître même la composition acquiesce d'abord et finit par s'enthousiasmer.

Une invitation de la part d'un Libanais débute par l'offre d'un mezzé, mais finit par la vision d'un agneau entier qu'il vous faudra admirer certes, mais aussi, en homme courtois, manger lentement jusqu'à extinction. On vous fera grâce des os, sombrés dans les dernières cuillerées de riz.

Une Archéologie dynamique, Facteur du Tourisme

Qui a dit qu'au Liban les pierres étaient accueillantes? Je l'ignore, mais j'aime cet auteur romantique inconnu qui, au XIXe siècle déjà, sut comprendre l'âme des pierres qui dorment au Liban. Et cependant, ces pierres ne connurent pas toujours la sérénité des choses éternelles. Alors qu'elles ne se lassaient pas de resplendir majestueuses au soleil de Baalbeck, un violent tremblement de terre, se renouvelant durant des jours, détruisit avec un acharnement systématique, diabolique même (peut-être était-ce Caïn qui, selon la légende, trouva refuge dans les antres du temple, qui secouait sa conscience alourdie par la malédiction), détruisit, dis-je, l'œuvre des hommes dédiée à leurs dieux païens. Et des 72 colonnes du grand temple de Jupiter, 6 seulement se sauvèrent de l'hécatombe pour mieux attester le caractère colossal d'Héliopolis et perpétuer le regret des générations qui suivirent.

Tyr, Sidon, Byblos, connurent un destin analogue: le fer, le feu, l'abandon.

Mais que reste-t-il de tant de ruines, de ces villes mortes du Liban? Eh bien, un passé toujours vivant, un grand livre ouvert à tout venant, désireux de connaître, de parcourir ces berceaux de notre civilisation.

L'archéologie au Liban offre des éléments grandioses et variés à la fois. Elle réservera encore des surprises dans ses champs inexplorés quoique déjà des résurrections se soient opérées.

Le domaine archéologique national comporte de nombreuses nécropoles phéniciennes disséminées dans toute la zone littorale; le touriste ne pouvant les visiter sur place, en admirera les pièces essentielles au musée de Beyrouth qu'elles enrichissent, comme elles illustrent d'autres musées étrangers, notamment le musée des antiquités d'Istanbul. Ce domaine compte aussi les ports antiques engloutis sous les eaux salées et le sable de la mer. Tyr (aujourd'hui Sour) et Sidon (aujourd'hui Saida) ne sont point encore ressuscités; et les bourgades actuelles ne sont même pas le reflet de leur opulence antique.

Par contre, le port de Byblos (aujourd'hui Jbeil) livre des témoignages du passé d'une importance majeure et la zone archéologique, dont quelques hectares seulement ont été dégagés, offre une superficie qui la classe en tête de tous les centres archéologiques du littoral méditerranéen oriental, de l'Egypte à la Turquie.

Enfin, Baalbeck! Incomparable… Nous y reviendrons dans les pages suivantes.

Le tourisme au Liban possède là un atout qu'il exploite, reconnaissons-le, intelligemment.

Cette archéologie est encore en évolution; elle possède un caractère dynamique. Elle progresse selon un programme de fouilles qu'il ne m'a pas été donné de connaître, mais nous l'aimerions parfois moins lent et le Liban y gagnerait. Je souhaite que Baalbeck et Byblos n'aient pas l'apanage exclusif des travaux, mais que les soins attentifs de la Direction des Antiquités se portent aussi d'une manière soutenue vers Saida (Sidon).

Saida mérite une amélioration. La restauration du château de la mer, construit par les Croisés de l'époque franque, et l'achèvement du pont en maçonnerie le reliant à la terre ferme, restitueraient à ce monument unique le caractère imposant qu'il devait avoir à l'état original; ces travaux permettraient en outre aux visiteurs d'y avoir accès.

Et de cette manière, le château maritime accentuerait sensiblement l'intérêt touristique de cette ville du Liban-Sud.

Langue et Culture

Ce peuple au passé si chargé, ce peuple libanais d'aujourd'hui qui revendique une descendance directe des Phéniciens, a l'expérience d'une nation qui a connu toutes les occupations, toutes les invasions. Il en a rejeté les scories, l'indésirable, il en a conservé le meilleur grain. Un peuple qui a coudoyé au cours de plusieurs millénaires, depuis ces mêmes Phéniciens actifs et navigateurs, les Egyptiens, les Assyriens, les Arméniens, les Hittites, les Sumériens, les Romains, les Arabes, les Croisés francs, les Turcs séleucides, les Ottomans jusqu'aux Français du Mandat, ne pouvait pas ne pas être un peuple cultivé, lettré.

Un tel passé laisse des traces, même si d'aventure un raz de marée vient obscurcir un siècle.

Aussi rien d'étonnant si aujourd'hui le peuple libanais jouit encore du niveau de vie intellectuel le plus élevé de tous les pays d'Orient.

Dix mille kilomètres carrés, un million et demi d'habitants: cette population évoluant sur cet étroit territoire compte 83% de lettrés!

Quel est le pays d'Orient en mesure d'aligner une telle statistique?

Cette surprenante situation résulte d'une évolution constante, lente, progressive; aussi est-elle plus sûre, plus affermie dans toutes les classes sociales en marche vers un niveau culturel solide. La plus fertile terre d'Orient l'est aussi au point de vue littéraire, et sa culture orientaliste amalgamant un levain occidental, lui a permis de s'imposer à d'autres peuples frères et voisins.

L'Egypte lui doit nombre de ses hommes de lettre; et ce furent des Libanais qui dotèrent cette grande Nation du Nil d'une presse littéraire et moderne à la fois.
On ignore assez souvent cette influence libanaise sur ses grands voisins, pour s'entendre affirmer l'opposé. Qu'il me soit permis de souligner ici que les Libanais furent les promoteurs d'une renaissance de la langue arabe, qui connut au XIXe siècle son siècle d'or.

Les hommes de lettres libanais contemporains joutent aussi bien avec la prose ou la rime française qu'arabe et, à cette dualité de culture et de linguistique, s'attache peut-être le lien le plus sur entre l'Orient et l'Occident.

C'est grâce à eux, grâce aux enseignants laïcs et religieux, que ce patrimoine de l'esprit demeure vivace.

Le Libanais moyen, l'homme de la rue, s'exprime et lit le français comme son arabe; les quelques piastres qu'il consacre à sa lecture quotidienne lui permettent de joindre un quelconque "Al Jaridah" à un quelconque "Orient". Beyrouth publie en effet chaque jour un nombre de journaux quotidiens supérieur à celui de n'importe quelle autre ville d'Orient, le Caire y compris. Leurs tirages seront plus limités, forcément, mais leur multiplicité dénote une richesse d'esprit.

Enfin, n'est-il pas curieux et divertissant de suivre les soirs d'été, les diseurs et animateurs des cabarets d'Aley conter leurs calembours et leurs plaisanteries en une langue mi-arabe, mi-française? L'effet est surprenant et irrésistible.

Aujourd'hui, les sciences, les lettres et les arts irradient dans la culture populaire par le truchement d'institutions qui ne sont plus exclusivement l'œuvre de missions étrangères.

Une académie libanaise des Beaux-Arts, née en 1943, est la première institution académique à caractère national qui dispense aux jeunes générations les enseignements du Droit, des Sciences, de l'Economie politique, des Lettres, de l'Arabe littéraire, de l'Architecture, de la Musique, sans oublier la chorégraphie et l'art dramatique.

Le Folklore libanais par la Danse

La danse du ventre, expression populaire pour designer une variation de la danse orientale, tant à l'honneur dans tout l'Orient, au Liban non moins qu'ailleurs, a ses adeptes et ses fervents à Beyrouth, à Aley, dans diverses stations d'estivage où les "night club" ne concevraient pas un programme sans l'attraction d'une danseuse orientale, au physique de préférence voluptueux. Rien n'est en effet plus envoûtant que de suivre, dans la chaleur des cabarets orientaux, les évolutions tour à tour lascives ou frénétiques de danseuses aux hanches souples, et de scander avec les mains le rythme de la mélopée.

Cette danse-là doit être comprise, et mes amis libanais me commentaient avec enthousiasme les gestes et les paroles de la complainte arabe.

Cependant, le Libanais n'identifie jamais la danse du ventre avec les danses orientales du folklore national. Ce sont deux expressions chorégraphiques différentes. La première est une interprétation personnelle, la seconde une émanation collective de la vie du terroir. "Avant tout, le folklore libanais a quelque chose à défendre de précieux et de menace": ainsi s'exprimait le promoteur d'un centre folklorique qui s'efforce par des cours privés de maintenir le feu sacré pour les danses folkloriques populaires. Celles-ci risquent bien de s'amenuiser devant l'envahissement des rythmes modernes et saugrenus d'Outre-Océan.

Tous les Libanais parlent avec enthousiasme des rondes entraînantes de la "dabké", au cours desquelles les danseurs martèlent le sol des pieds, sautent en mesure, agitent en cadence des mouchoirs sur un rythme de fifres et de tambourins appelés "derbaké".

Tout cela me tentait, mais il me fut impossible au cours de mon séjour au Liban de trouver quiconque capable de m'amener dans la montagne, là ou se dansait la "dabké"!

J'en ai déduit que la danse populaire libanaise souffrait soit d'un complexe d'infériorité devant les importations, soit d'une crise d'exécutants qui se font de plus en plus rares. Peut-être, des deux maux à la fois.

Quoiqu'il en soit, sans pouvoir encore parler d'une renaissance de la danse folklorique, on peut déjà applaudir le fait de l'avoir remise en honneur et de la maintenir vivante. Le folklore libanais est peut-être très riche, mais il est en tout cas fort peu connu.

Néanmoins, une troupe nationale est à l'heure actuelle en voie de formation; elle permettra de représenter le Liban à l'occasion d'un prochain festival international de danse et de folklore, tel qu'il m'a été donné d'en suivre à Venise. La "dabké" pourra alors s'insérer entre une tarentelle napolitaine et une "vira" portugaise.

La "dabké" a de curieuses variantes, mais la plus typique reste celle en honneur dans le Liban-Sud, où chaque danseur porte sur ses épaules un partenaire permettant ainsi a la ronde de se poursuivre à double étage!

Assurément, voilà de l'originalité! La "dabké" n'est pas unique. D'autres danses sont tombées en désuétude ou se pratiquent moins: la "danse du bâton", s'inspirant des anciennes danses de la lance, était encore répandue dans la montagne au siècle dernier.

La "danse du mandil" était une ronde paysanne qui, sans avoir des canons rigides, comportait une suite de mouvements sur deux files, agissant l'une en face de l'autre. D'autres, hélas, ne sont plus que souvenirs. Les Libanais parlent aussi d'une danse des "sabres et boucliers", mais si celle-ci se pratique encore, je pense qu'il s'agit la plutôt d'une danse empruntée au folklore turc (l'empire ottoman a laissé des traces dans tout l'Orient, le Liban y compris) car j'en ai vu des exécutions au cours de mon séjour en Turquie, spécialement en Anatolie, et dans des costumes qui n'avaient rien de libanais.

La "danse des poignards", d'inspiration guerrière, a un caractère acrobatique nettement marqué. Elle est actuelle, puisqu'elle se danse encore dans le sud, à Lakhlouk, au son de la "derbaké" et aux battements de mains des assistants.

Un jeune homme tenant deux poignards, les manie avec dextérité sans jamais se couper; de temps en temps, il saute et dessine des arabesques vertigineuses, sous le regard ravi des spectateurs. C'est une danse de réjouissance populaire.
J'emprunte encore quelques détails à Sami Salechy, relativement aux instruments de musique.

Une dizaine sont en usage: la traditionnelle "derbaké", le fifre, le "nay', le tambour, le "oud'', le ''canon" ou ''harpe de table'', les cymbales, le tambourin, le ''bouzok'' ou viole a long manche.

Ces instruments si curieux ne peuvent entrer tous dans la composition d'un orchestre typique, car il y a entre eux certaines incompatibilités: traditionnellement on joint la "derbaké'' et le fifre, le tambourin, le fifre et les cymbales, le "canon'', le "oud" et la viole.

Ces instruments se jouent également dans les cabarets orientaux de Beyrouth.

Humour campagnard au Liban

Jeha reçut un jour la visite d'un de ses amis qui le trouva étendu sur un divan, les pieds ramenés sous lui à la façon arabe, le narguilhé en bouche et, sur une grande table, son arak-mezzés.
– Dis-moi comment tu te débrouilles pour vivre si bien quand tu ne fais rien de toute la journée?, lui demanda son ami.
– C'est bien simple, répondit-il, j'ai acheté le seul puits du village avec mes économies et mon âne tourne durant douze heures la roue, me ramenant ainsi des jarres et des jarres d'eau que je vends à tout le village.
– Mais qui te dit que ton âne ne s'arrête pas de travailler? De l'intérieur de ta maison, tu ne peux pas le surveiller!
– Quand la cloche que j'ai suspendue à son cou s'arrête, je sais qu'il ne travaille plus.
– Mais suppose encore que ton âne s'asseye et agite sa tête de droite à gauche, tu croiras qu'il travaille alors qu'il se repose.
– Quand mon âne deviendra si intelligent, répliqua Jeha, alors il prendra ma place et je tournerai la roue du puits.

Le Folklore par les Costumes

Plus visible qu'une danse, le costume libanais a toujours une présence sensible dans la population.

La diversité des communautés religieuses est à l'origine de la variété des costumes portés par les Libanais, ou plus exactement, par certaines couches de la population. Maronites, musulmans, druses, kurdes, gardèrent longtemps le signe distinctif de leur appartenance à leurs communautés. L'Empire ottoman, puissance occupante, a laissé dans la mode masculine et l'habillement féminin une profonde influence sur le costume traditionnel. C'est une note, j'irais jusqu'à dire un atout, du folklore libanais.

A l'heure actuelle, ce costume traditionnel se mélange au costume européen; à Beyrouth, ce dernier l'a supplanté. Seules, les femmes kurdes restent fideles à leurs vêtements pittoresques et colorés, et elles animent joyeusement les rues de Beyrouth.

A l'intérieur du pays, villageois et montagnards exhibent toujours leurs propres costumes levantins d'une manière naturelle, sans aucun style exhibitionniste propre à certains pays touristiques de l'Europe. C'est ce naturel qui donne un charme incontestable aux populations rurales.

Il m'est difficile de m'étendre sur ce sujet dans le cadre de la présente esquisse du Liban, mais le lecteur trouvera dans la table vestimentaire publiée dans ces pages, quelques données intéressantes sur ce folklore vestimentaire.

Le Liban, Arpent de Terre Sainte

L'idée la plus courante, loin de ce fait la plus véridique, est que seule la Palestine, aujourd'hui morcelée en Jordanie et en Israël, monopolise un caractère de sainteté.

Or, si l'Egypte, ou vécut en refugiée la famille de Jésus, ou le mont Sinaï entendit la voix de Dieu, peut être considérée comme terre sainte, pourquoi le Liban, possédant un arpent de terre foulée par le Seigneur, ne jouirait-il pas de ce qualificatif au même titre que ses voisins?

Les pérégrinations du Maître dans cet Orient méditerranéen sont bien connues; dans le courant de sa vie publique Jésus, ignorant les frontières, passa au Liban, marcha sous son soleil et se manifesta aux foules de Sidon (aujourd'hui Saida); l'épisode est du reste relaté dans les évangiles de Mathieu et de Marc (XV,21-VII, 24).

L'apôtre Paul, anxieux d'affronter son destin romain, s'embarqua dans une galère phénicienne qui leva l'ancre non loin de Beyrouth, dans la petite crique de Tabarja à 15 kilomètres au nord de cette ville. La grève est, aujourd'hui comme hier, recouverte des filets de pécheurs. Et pourrions-nous oublier l'image de la Vierge fuyant Jérusalem et les premières persécutions, traverser le Liban, y faire halte accompagnée de l'apôtre Jean, avant d'arriver à Ephese, sur les rivages plus sûrs de l'Anatolie, dans l'attente de sa dormition qui devait la dérober aux yeux des humains?

Oui, terre sainte le Liban, terre intimement liée au déroulement de la vie évangélique et biblique même, puisque Abraham, émerveillé par les visions de plénitude et d'abondance qui lui offraient les vallées fleuries du Liban et sa forêt de cèdres majestueux, crut se trouver au seuil de la Terre Promise, où coulent le lait et le miel.

Enfin, dans les vallées retirées du Mont Liban, éclosent les premières présences des anachorètes et leur esprit n'est point mort au terme d'une course effrénée de vingt siècles; ils sont encore là, dans les monastères maronites, comme à Annaya, d’où se détache un moine Charbel aimant, dans les plus pures traditions du Christianisme naissant, les solitudes et les grands renoncements.

Annaya connaît aujourd'hui l'affluence des foules chrétiennes et musulmanes; elles reprennent certainement le chemin que d'autres générations empruntèrent vers quelques hauts lieux du mysticisme chrétien d'autrefois.

Cher Liban, terre sainte et fertile qui conserve dans les heurts des siècles et dans le fracas des générations, dans le fanatisme des civilisations, ce sens du mystique, de l'aimable, de l'accueillant, au sein d'une terre riante, nous t'aimons…

A l'instar des Coffres-forts suisses

Quoique l'économie libanaise demeure une économie à physionomie rurale et agricole, - la campagne de propagande en faveur de l'exportation des fruits du Liban, de la pomme aux pêches, ressource certaine, ne le confirme-t-il pas?, - quoique l'industrie en soit à ses débuts, le développement du pays considéré de Beyrouth, est spectaculaire. Sur quelles bases financières s'appuie le Gouvernement pour maintenir cet essor? Malgré l'effort du Point IV et de diverses contributions financières internationales, le Liban compte davantage sur le capital privé pour assurer l'épanouissement de sa vie nationale, tant au point de vue agricole qu'économique: les banques, les transports, l'hôtellerie, le tourisme prospèrent, en raison des financements privés qui s'allient parfois au capital étranger. Nous y reviendrons.

Le "Point IV" qui épuisa l'encre de bien des stylos, accordait au Liban une aide de 2 millions 1/2 de dollars, aide substantielle quoique ne représentant que le quart des dix millions escomptes par le Gouvernement. Néanmoins, ces dollars furent de nature à aider efficacement le pays, même s'ils furent destinés exclusivement à l'exécution de grands travaux de l'Etat, tels ceux de la construction du barrage du Litani.

Objectivement parlant, aucune crise ne menace directement le commerce libanais et les événements politiques d'Orient ne ralentirent pas en profondeur le rythme des affaires; il semble au contraire que depuis une décade, le Liban ait bénéficié financièrement de l'incertitude régnant parfois parmi ses voisins, proches ou éloignés, en faveur desquels il assume le rôle d'intermédiaire, de mandataire commercial même, rôle qui s'est encore accentué dans l'actualité.

L'apport financier, le plus précieux, parce que constant et coutumier, est représenté par les deniers des Libanais à l'étranger, tantôt éparpillés en Afrique Occidentale, tantôt groupés en puissantes colonies, au Brésil notamment. Le capital libanais, qui se constitue et se renouvelle constamment en dehors du territoire national, aide efficacement le pays, soit qu'il finisse par rentrer par des transferts à échéances régulières aux familles restées "intra-muros", augmentant ainsi les disponibilités en devises fraîches du Gouvernement et la circulation de capitaux privés; soit qu'il se thésaurise dans d'autres pays, permettant ainsi aux Libanais de servir leur pays, par des opérations commerciales rapides sur d'autres marchés, évinçant la concurrence grâce à l'entrée en jeu immédiate de ces fonds.

Le Liban, comme on le voit, gagne sur tous les tableaux. En 1956, un décret-loi vint opportunément garantir le secret bancaire. Cette disposition si importante pour les intérêts du pays, passa presque inaperçue dans la presse internationale, bien qu'elle classât le Liban en tête des nations du Moyen-Orient dans le domaine financier, en consacrant ce pays comme le réel coffre-fort de la Méditerranée orientale.

Grace à cette mesure, à l'instar de celle régissant le fonctionnement du coffre-fort suisse en Europe, le Liban garantissait le capital étranger de toute influence et de toute ingérence indiscrètes. Cette invitation à l'investissement étranger dans une terre de liberté et de tolérance économique, permettra au pays de devenir dans ce coin de Méditerranée un havre sûr; et le déclin de la zone internationale de Tanger, à l'autre extrémité de cette même Méditerranée, est un atout supplémentaire que le Liban met dans son jeu. Tout comme en Suisse, les coffres-forts de Beyrouth, comme ceux de Zurich, encaissent chaque jour plus qu'ils ne dépensent. Les cheiks, les sultans, les émirs, de Kuweit à Quatar, les industriels et hommes d'affaires de Syrie et d'Egypte, les rois et roitelets du pétrole même, préfèrent bénéficier de la sécurité bancaire du Liban que courir les aléas d'une thésaurisation chez eux.

L'Opinion d'un Economiste

Ne dit-on pas familièrement que "lorsque le bâtiment va, tout va"? Le progrès de la construction à Beyrouth représente encore un indice de l'essor du pays. On le voit, il serait erroné pour s'en convaincre de se cantonner dans l'étude des budgets ministériels. Un économiste belge, engagé par le gouvernement libanais pour émettre une opinion d'expert sur l'économie du pays, n'affirma-t-il pas, renonçant à poursuivre son travail, que le Liban se trouvait en état de faillite perpétuelle?

Cet économiste n'a pu comprendre que le fond de la vie économique libanaise repose sur d'autres assises, invisibles, introuvables dans les livres des budgets ministériels, néanmoins existantes. Les spéculations internationales pour lesquelles les Libanais montrent une prédilection et une aptitude certaines, - (vendre la cargaison d'un bateau libérien au gouvernement de Panama, pour encaisser des dollars destinés à acheter en Belgique des marchandises pour l'Egypte, est une opération courante qu'ils peuvent traiter sans même quitter leurs bureaux de Bab Idriss) - leur rapportent des sommes considérables; d'autant plus que, méfiants en matière financière, ils aiment investir à grands risques, mais à courts termes, ce qui leur permet d'exiger des intérêts élevés.

Au rythme de ces bénéfices dont profite indirectement l'Etat, s'ajoutent les devises étrangères dues au tourisme, les rentrées des ressortissants d'autres pays orientaux qui élisent le Liban comme leur domicile stable, les transferts des émigrés et enfin, les redevances de transit des "pipeline" d'Iraq a Tripoli, d'Arabie Saoudite à Saida. Ces redevances, se chiffrant à des millions de Livres libanaises, ne sont point à dédaigner. Le Gouvernement les augmenta encore l'année dernière, et le ministre Saeb Salam, grand maître des affaires pétrolières, me commentait cette politique gouvernementale en me disant: "Le Liban ne pourrait s'identifier avec l'image évoquée par ce proverbe arabe qui dit: ...malheureux comme ce chameau, chargé d'outres, qui meurt de soif…''"!

Voilà les clés qui peuvent nous faire comprendre la prospérité libanaise à l'heure actuelle.

Les Festivals libanais: de Baalbeck à Byblos

Le Liban ne s'est point contenté d'élever le niveau culturel de ses habitants par un enseignement soutenu, comportant, nous l'avons vu, les divers degrés d'écoles et de lycées; il a voulu s'affirmer dans le domaine international en choisissant d'emblée la manifestation culturelle la plus complexe, la plus hardie: le festival. Vouloir s'imposer à l'attention des autres peuples et de ce fait, se soumettre à la critique et au jugement d'aînés qui, dans le domaine théâtral et dramatique, vantent des traditions assises sur des montagnes de lauriers, était peut-être ambitieux. Néanmoins, le Liban se taille déjà une place remarquée dans l'émulation idéale qui met en lice les nations traditionnelles de la musique, par leurs manifestations de Salzbourg, de Florence, d'Avignon, de Rome, etc.

Le festival, au Liban, est entré dans la vie culturelle du pays par la grande porte; et le cadre majestueux de Baalbeck, judicieusement choisi, a contribué d'une manière certaine au succès de cette initiative.

Au seuil de sa troisième année d'expérience, le Festival de Baalbeck a reçu Corneille, Giraudoux, jusqu'à Cocteau, pressente les théâtres français et anglais, entendu les concerts symphoniques des grands orchestres européens.

Faire retentir toutes ces voix au seuil du désert, dans un décor d'Orient aussi beau, attirer les foules nationales et étrangères, est une démonstration qu'en jargon politique on qualifierait "de force",mais que dans le langage de l'esprit on pourra qualifier de vitalité créatrice.

Le théâtre et la musique se croisent plus volontiers au Liban que les fers, et c'est l'indice d'une nation évoluée. Le Festival de Baalbeck, dans sa prochaine édition, comportera aussi des éléments du folklore national: la danse et le costume, qui y trouveront un motif de renouveau et de réaffirmation. Il est question de dédoubler ce festival par une initiative qui a déjà ses partisans: un festival de la Mythologie dans le cadre millénaire de Byblos.

Innovation certaine car, que je sache, aucune nation n'a jamais tenté de faire revivre par des tableaux vivants, les aspects poétiques ou dramatiques de la mythologie païenne. L'Italie avait, avant la guerre, représenté des danses grecques à Agrigente, mais l'initiative de Byblos se développerait à une échelle plus vaste. Initiative enthousiasmante qui permettrait de décerner un prix d'humanisme au Liban.

Souhaitons pouvoir suivre le développement de cette manifestation dans sa phase concrète.

Le Liban est à voir sur place

Tout ce qui précède, sans être de la vaine littérature, je l'espère, reste toutefois une évocation abstraite, une esquisse incomplète. Les mots ne valent que pour autant qu'ils se traduisent dans la réalité. Aussi, le lecteur l'aura déjà compris, c'est au cours d'un voyage au Liban, que ces pages prendront vie.

Le Liban sur papier n'est qu'une image imparfaite. Une croisière en Méditerranée orientale aboutit nécessairement sur les rivages de l'ancien royaume des Cèdres: passez donc cette porte de l'Orient, que les Libanais conservent ouverte depuis des siècles afin de vous y recevoir.

Petit Lexique vestimentaire du Folklore libanais

- Abaya: Manteau rectangulaire dont les manches ne sont pas taillées.
- Abba: Pardessus brun, blanc ou noir d'une coupe droite et aux manches larges s'arrêtant aux coudes.
- Agal: Torsade de fines cordes noires que les Orientaux portent autour de la tête; encore en usage dans les montagnes libanaises et dans la plaine de la Bekaa.
- Gambaz: Robe droite tombant jusqu'aux chevilles, portée tout aussi bien par les femmes que par les hommes. Elle est surtout portée par les Kurdes au Liban et dans tous les pays orientaux.
- Henne: Matière rouge, ocre ou brune, appliquée par les femmes orientales sur les cheveux, les mains et les pieds. Ce produit de beauté n'est plus utilisé au Liban.
Kab-Kab: (prononce ab-ab) Sorte de sabot de bois.
- Kaffia: Grand carré de tissu fin, généralement blanc, qui se porte pose sur la tète et qui est retenu sur le sommet par le Agal.
- Kohl: Cosmétique utilisé pour noircir les cils et sourcils; dans les villes, les femmes le remplacent par le rimmel.
- Kubran: Boléro ou veste ornementale, une sorte de gilet porté par les hommes. Labbade: Chapeau de paysan en forme de cône; il est fait de poils de chameaux. Libas: Culottes longues (sous-vêtement) que le paysan porte serré au mollet.
- Mendil: Echarpe ou voile utilisé par les femmes musulmanes, recouvrant le visage et le front.
- Sherwal: Large pantalon bouffant qui se porte serré aux genoux et jusqu'aux chevilles. Il est ajusté à la taille et retenu par une large ceinture d'étoffe, enroulée plusieurs fois autour de la taille.
- Tantour: Ancien chapeau pointu porté par les femmes libanaises de la haute société.
- Zouk: Tapisserie de soie tissée. Le village de Zouk, qui exécute une grande partie des travaux manuels de l'artisanat libanais, a donné son nom à ce genre de travail.
- Masba-Ha: Sorte de chapelet dont les grains sont en pierre d'ambre ou de toute autre matière. Cette masba-ha se trouve dans toutes les poches et dans les mains des vrais Orientaux, qui l'utilisent comme simple passe-temps; elle est dépourvue de tout caractère religieux.

Lucien Offenberg

 

 


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